Vivre l'expÉrience de la culture avec Arrimages

Une passerelle arts-affaires originale pour la Jeune Chambre de commerce de Montréal


Visite à La Biennale de Montréal 2009, devant les œuvres
de Richard Wentworth, en présence de Claude Gosselin,
directeur général et artistique du Centre international
d'art contemporain, producteur de la Biennale.
Photo : Ed Kostiner. Courtoisie CIAC /
La Biennale de Montréal

En janvier 2009, sous l'initiative du Conseil des arts et de la Jeune Chambre de commerce de Montréal, une première cohorte de jeunes professionnels et d'entrepreneurs allait participer au projet Arrimages, un parcours initiatique devant la scène et dans les coulisses de la culture montréalaise, dans le but de susciter l'éveil de nouvelles relations arts-affaires.

À l'automne 2008, le bulletin de la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM), L'Antichambre, diffusait un appel à la participation au projet Arrimages en invitant ses membres, jeunes professionnels et entrepreneurs « prêts à faire un grand saut vers l'expérience culturelle ». Les volontaires devaient s'engager à aiguiser leur curiosité et apprendre sur le milieu artistique montréalais en participant à au moins quatre des six activités d'un programme de sorties culturelles. Moyennant le coût d'entrée aux activités payantes, les participants bénéficiaient en prime d'un programme de rencontres avec les créateurs et travailleurs culturels qui organisent et structurent l'économie des arts.

Arrimer les arts et les affaires : une œuvre de médiation

Partant du principe qu'on ne naît pas mécène, bénévole engagé, conseiller ou partenaire, mais qu'on le devient par l'expérience, il revient à Natalie Chapdelaine d'avoir imaginé le projet Arrimages avec pour objectifs de créer des liens entre gens d'affaires et le milieu des arts. Chargée de projets arts-affaires et tournées au Conseil des arts de Montréal (CAM), Natalie Chapdelaine croit à la pertinence de ces relations et elle y œuvre avec passion.

Prenant exemple de sa propre expérience, Natalie Chapdelaine dit avoir progressivement perdu les quelques liens qu'elle entretenait avec les arts après une formation davantage tournée vers l'administration et les affaires. Dans le cadre de son mandat, le CAM appuie une foule d'initiatives de médiation auprès de clientèles particulières et elle s'en est inspiré pour toucher des gens comme elle, susceptibles d'alimenter à long terme une banque de ressources externes pour le milieu culturel.

Le projet Arrimages allait donc naître de cette volonté d'offrir une formation, une initiation, un parcours guidé vers une meilleure compréhension du milieu culturel en vue d'un possible engagement supplémentaire des participants en faveur des arts. On y rêve même, dans l'invitation diffusée aux membres de la JCCM, de « révéler des passions qui mèneront vers des activités de philanthropie! »

Tout naturellement, la JCCM constitue un partenaire de choix avec un réseau d'environ 1400 membres, cadres, entrepreneurs, professionnels et travailleurs autonomes issus de tous les secteurs de l'activité économique. Âgés d'en moyenne 32 ans, ses membres s'activent au sein de divers comités qui gèrent et organisent des activités de réseautage, de représentation et de développement professionnel. On peut y adhérer facilement, à titre individuel ou corporatif, ce qui encourage la diversité du membership.

Le vice-président Développement durable et relations avec la communauté, Dario Iezzoni est responsable du projet Arrimages à la JCCM. Lorsqu'on évoque avec lui l'aspect tendance de l'équation arts-affaires, il admet que le contexte a favorisé l'implantation du projet. « Je suis entré à la Jeune Chambre de commerce, ajoute-t-il, pour travailler à mettre en place les piliers du développement durable, ce qui comprend la culture, une composante essentielle du développement durable comme peuvent l'être la recherche et le développement scientifique. L'appui au projet par la JCCM n'a fait l'objet d'aucune dissension tant il semblait évident qu'il fallait aller de l'avant. Il peut être au goût du jour d'évoquer cette équation arts-affaires, mais le problème survient au moment de transformer cette volonté en actions concrètes, quand arrive le temps de mettre de l'argent. Arrimages répond en partie à ce dilemme et la relève chez les gens d'affaires gagne à être exposée à quelques notions de philanthropie stratégique. »

Une première cohorte

Un projet pilote démarre en janvier 2009 avec un premier groupe de vingt personnes. Quatorze femmes et six hommes ont répondu à l'appel, provenant de divers secteurs : services-conseils, communications, ventes, graphisme, enseignement, soutien médical et service légal. Quant à leur connaissance déclarée des arts, elle était minimale pour trois des candidats, sommaire ou plus affirmée pour les autres.


Visite de la session vidéo Kino 01. Photo: Kino

Cette première cohorte aura vu Macbeth de l'Opéra de Montréal, La chambre blanche d'O Vertigo danse, et Les pieds des anges à l'Espace Go. Elle aura aussi assisté à une soirée de projection de courts-métrages de Kino, vu un film au sujet de l'art brut au Festival de films sur l'art et visité la Biennale de Montréal à l'École Bourget. Le programme de rencontres a permis à ces heureux cobayes de rencontrer plusieurs des artistes et directeurs d'organismes, en coulisses, en aparte et en bonne compagnie, notamment avec le mécène et propriétaire de la galerie Parisian Laundry, Nick Tedeschi.

Les commentaires de quelques participants au projet se recoupent. En général, on y souhaitait des rencontres avec des gens aux intérêts convergents, un contact plus étroit avec la culture montréalaise et quelques découvertes, l'exposition à de nouvelles formes d'art. L'une d'entre eux souligne avoir une meilleure évaluation de la valeur et du coût des activités culturelles, un commentaire judicieux par rapport aux objectifs d'Arrimages.

Des résultats tangibles

Au terme de l'expérience, les participants de la première cohorte ont convenu qu'on leur en demandait bien peu et ils ont proposé d'élever la barre. Dorénavant, la participation au programme Arrimages coûtera 50 $ par personne, créant ainsi une petite cagnotte de 1000 dollars qui sera remise sous forme de bourse à un organisme artistique choisi par le groupe. Arrimages comptera deux cohortes par année, l'une couvrant la période de septembre à janvier, la seconde de janvier à mai. Le programme bonifié comptera cinq sorties culturelles et davantage de temps pour des échanges entre les membres du groupe à propos de leurs impressions, de leur expérience. Enfin, le projet Arrimages comptant maintenant un premier groupe d'« anciens », des activités se tiendront au rythme de deux par année pour entretenir des liens, reprenant ici la formule éprouvée des institutions d'enseignement avec leurs diplômés.

L'objectif avoué du projet Arrimages, selon Natalie Chapdelaine, vise à faire de ses participants « des ambassadeurs du milieu des arts. C'est de la sensibilisation ». De la première cohorte en ressortent des ambassadeurs susceptibles de sensibiliser leur entourage et de s'engager plus étroitement dans le développement d'un organisme culturel. Déjà une personne a intégré le conseil d'administration d'un organisme, trois autres ont exprimé leur intérêt d'en faire autant et rencontré à cette fin l'organisme Bénévoles d'affaires.

Quant aux autres, ils vont assurément continuer de fréquenter la culture et s'exposer à de nouvelles expériences artistiques. Avec un potentiel de quarante nouveaux ambassadeurs par année, Arrimages crée une passerelle prometteuse entre des organisations artistiques et une nouvelle génération d'entrepreneurs.

Texte : Michel Lefebvre

Juillet 2009

Liens
Conseil des arts de Montréal - www.artsmontreal.org
Bénévoles d'affaires - www.benevolesdaffaires.org
Jeune Chambre de commerce - www.jccm.org