ENTRETIEN : Devora Neumark

La médiation, l’art et le sens critique : tout un programme!

Devora Neumark, codirectrice du programme Levier de l’organisme montréalais Engrenage Noir, est l’une des invités au forum La Rencontre, qui se tiendra à Québec le 15 septembre prochain. Nous lui avons demandé de nous expliquer sa vision de la médiation culturelle. Elle nous a entraîné dans un univers imaginaire et pragmatique à la fois, un monde peuplé d’innombrables questions pertinentes plutôt que de réponses définitives. Pour elle, le processus a du sens, vraiment!

Un engagement global

Citoyenne, mère, femme engagée, artiste, enseignante, elle réalise des performances et des interventions interdisciplinaires en milieu urbain interrogeant les sphères publique et communautaire. Ses œuvres, qui incluent des installations photographiques, de la littérature orale, de l’art public et de l’art communautaire, se caractérisent par leur relation directe avec le public et leur insertion dans des communautés. Le programme Levier soutient des projets créatifs qui, dans leur ensemble, offrent une approche humaniste visant à interpeller les différentiels de pouvoir créés par la société actuelle et contribuent à instaurer des espaces au sein desquels des individus peuvent renforcer leurs voix personnelle et politique. Les projets privilégiés, portés par un contenu social engagé, proposent des alternatives artistiques de résistance et de célébration.

Quelle est votre définition de la médiation culturelle?

«  Il y a d’abord une définition traditionnelle, dit-elle, soit un processus au cours duquel un intermédiaire impartial négocie les conditions de résolution d’un conflit entre deux parties. Mais, il y a aussi une définition plus symbolique tel que rapporté par Wikipedia : la médiation serait alors un acte se situant à la croisée du profane et du sacré traditionnellement associés à divers processus comme les étapes de développement de la vie humaine, les rôles sociaux en constante évolution, etc. J’expliciterai ma pensée à ce sujet lors de mon intervention au forum ». Elle ajoute : « Je me demande toutefois si ce concept émerge vraiment des conditions et des besoins au Québec ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un emprunt mécanique dû au partage de la langue avec les Français et les Belges. »

À votre avis, quels sont les objectifs de la médiation culturelle?

« Si vous souhaitez vraiment obtenir mon avis malgré que je ne sois pas convaincue que le concept de médiation s’applique adéquatement aux arts et à la culture, je dirais qu’il s’agit d’un laboratoire sur soi-même. », dit-elle. « Il faut éveiller le sens critique et son imagination afin d’expérimenter des comportements alternatifs, de grandir en conscience. » Elle poursuit : « Il me semble vraiment important d’apprendre à mieux se connaître, de comprendre le monde autour de soi et d’identifier les lieux de pouvoir dans le but ultime de développer à la fois son autonomie individuelle et son interdépendance avec les autres. Ainsi, nous sommes mieux préparés à poser des gestes avec une intention et des valeurs. »

Dans ce processus, l’artiste est-il un médiateur?

« Si l’artiste est un médiateur, est-il le mieux placé? Quelle est sa légitimité? Quelle expérience et quelle formation lui sont nécessaires? Quels sont les médias (media-tion) les plus adaptés? » Elle ajoute : « Sans une réflexion sur lui-même, l’artiste a tendance à faire pour la communauté plutôt qu’avec elle. Le rapport de pouvoir est complètement différent. » Elle lance ensuite une série de questions : « L’art est-il le médiateur plutôt que l’artiste? Qui détermine le conflit? Qui invite à la médiation? Les citoyens? Les artistes? Le Conseil des Arts? » Voilà autant de questions qui seront soulevées lors du forum qui s’annonce d’ores et déjà passionnant.

To learn more about Levier, www.engrenagenoir.ca

Pour mieux connaître les motivations de Devora Neumark, www.devoraneumark.com