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Le
panel : Sylvie Lachance, Orlando Arriaga, André
Robitaille, Didier Lucien, Milton Tanaka |
Après les présentations
d'usage de l'animateur, André Robitaille et des
quatre panélistes, une première intervention
du public allait orienter le débat autour de
l'épineux sujet de la langue d'usage. Évoquant
la joie qu'elle a ressentie en entendant discuter en
français une femme d'origine russe et une autre
portugaise, Gisèle Lafortune a demandé
aux panélistes leur avis quant à ce qu'il
faudrait faire pour que les nouveaux arrivants adoptent
le français.
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Jean
Ndinsil |
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Originaire du Chili et depuis
quatorze ans au Québec, Orlando Arriagada dit
avoir naturellement adopté le français
compte tenu des similarités avec l'espagnol.
Le Japonais d'origine Milton Tanaka a pour sa part défendu
la loi 101, rappelant à l'auditoire que, lors
son arrivée à Montréal, il se faisait
souvent répondre en anglais, alors qu'il s'adressait
en français aux commis, au centre-ville. Une
réponse plus cinglante à cette question
est venue de l'éditeur du journal Mille Visages,
Jean Ndinsil, d'origine africaine, avouant avoir appris
le français " à coups de fouets "
dans son pays. Lui aussi déplore qu'on s'adresse
souvent à lui en anglais à Montréal,
mais c'est davantage la qualité de la langue
qui le révolte, la langue qu'on parle dans la
rue comme dans les médias et qu'on enseigne à
l'école. " Je dois tous les jours corriger
mon fils qui revient de l'école. Qu'on me parle
bien et les gens vont adopter votre langue. "
Le rappel du thème principal
est venu de Daniel Turp, député du Bloc
québécois à Ottawa, qui a tenu
à souligner l'importance de donner accès
à la culture des autres, saluant du même
coup le Parcours interculturel et les Journées
de la culture, tout en se portant à la défense
de la diversité culturelle. " Le vrai combat
de la diversité, c'est celui de l'équité
contre la discrimination. " Il reviendra plus tard
se porter à la défense d'une représentation
plus adéquate des communautés culturelles
au sein des instances décisionnelles que sont
les conseils des arts et autres bailleurs de fonds pour
la culture.
Si certains sous la tente ont
évoqué la création de régimes
de financement dédiés aux communautés
culturelle, pour Orlando Arriagada, la question n'est
pas là. Dans le milieu extrêmement compétitif
qu'est le milieu des arts, l'excellence doit demeurer
le seul critère. Il refuse par ailleurs de s'étiqueter
comme producteur de films " ethniques " alors
que son créneau actuel est le documentaire, point.
Il ajoute que la prochaine génération,
celle qu'il voit dans les universités aujourd'hui,
sera davantage le reflet du Québec multiculturel,
avec une diversité de gens dans les postes décisionnels.
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La question clé de la
diversité culturelle réside certainement
dans la capacité d'ouverture du public et des
institutions aux artistes d'origine ethnoculturelle.
Pour Sylvie Lachance, cela va de soi : le centre qu'elle
dirige, Montréal, Arts Interculturels (MAI),
ayant spécifiquement cette mission. Milton Tanaka
souligne que certaines disciplines sont plus difficiles
à pénétrer que d'autres. Les arts
visuels regorgent d'expositions d'artistes d'origines
diverses. Il évoque toutefois, parlant d'une
activité du festival Accès Asie, la difficulté
de présenter des productions culturelles plus
pointues à des clientèles ethniques, voire
même au grand public, ramenant ainsi le débat
à la difficulté de la diffusion contemporaine.
Sylvie Lachance renchérit en se rappelant un
programme de danse où l'artiste, connue et reconnue,
a construit son spectacle en incorporant certains éléments
de sa culture d'origine. Le public sur place, contemporain
et branché, y a vu une manifestation folklorique
qui a déplu. Cette association des cultures ethnoculturelles
à la seule dimension folklorique constitue un
problème.
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C'est au niveau des médias
de masse que le problème de la représentation
est plus criant car on touche là une frontière
invisible, celle qui sépare la réalité
de la perception qu'on en a. On rejoint ici le cliché
où l'Haïtien sera chauffeur de taxi, l'Asiatique
chef cuisinier ou propriétaire de dépanneur
" Attention aux stéréotypes, dit
Orlando. Je ne danse pas la salsa. " Le comédien
Didier Lucien, Haïtien d'origine et arrivé
au Québec à 3 ans, regorge d'anecdotes
sur sa situation. Avouant avoir plusieurs cordes à
son arc, il figure parmi les comédiens qui jouent
beaucoup. Lors d'entrevues téléphoniques,
il dit être sélectionné dans 90
% des cas. Lors d'auditions en personne, ses résultats
sont nuls. Il évoque entre autres des situations
où des producteurs de publicité spécifient
ne pas vouloir d'acteurs identifiés aux communautés
ethniques. Il jouera prochainement dans le téléroman
Pure laine, mais rarement a-t-il vu un rôle de
Noir défini autrement que par les stéréotypes.
Le comédien Alejandro
Moran, d'origine mexicaine et au Québec depuis
plus de 15 ans, évoque un parcours plus difficile.
" Depuis que je suis au Québec, j'ai toujours
trouvé des obstacles. Même dans les auditions
où l'on demande des Latinos, j'ai toujours été
refusé. " Si ce n'était de son travail
avec sa troupe, le Ollin Teatro Transformacion, son
intégration à la scène théâtrale
d'ici est presque nulle. Encore dernièrement,
un rôle de Latino-américain qu'on lui destinait
sur mesure lui a échappé au profit d'un
Belge.
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Louise
Sicuro |
La directrice des Journées
de la culture, Louise Sicuro, elle-même d'origine
italienne, a pris la parole pour souligner que les gens
qui s'intègrent le mieux savent conserver des
éléments de leur culture tout en s'assimilant
à la culture d'accueil. Milton Tanaka mentionne
avoir mangé de la poutine à Tokyo; Orlando
Arriagada, en Bolivie; Didier Lucien, à Port-au-Prince
Un dernier mot rassembleur est
venu de la directrice du Festival du monde arabe, Aida
Kamar. " Montréal est une grande métropole.
Ici, il est permis de rêver, dans une ville riche
de sa diversité, où la culture de chacun
s'inscrit dans un creuset commun, qui devient notre
culture. Nous avons le potentiel à Montréal
de vivre cette situation
".
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