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En ouverture de cet après-midi d’exposition au goût des autres sont projetés cinq courts métrages finalistes du concours de Radio Canada International invitant des jeunes de 18 à 35 ans à s’exprimer sur le thème de l’immigration. Michel Coulombe, directeur de ce concours, chroniqueur à la SRC et spécialiste de cinéma, animera ensuite le débat sur la question des pratiques artistiques métissées.
Plutôt caustiques, parfois naïfs, les films présentent : un cuisinier mexicain qui réinvente le pâté chinois au restaurant Chez Claudette; un Haïtien incapable de ne pas sourire pour sa photo de passeport et qui exaspère le photographe; des comédiens d’origine maghrébine qui racontent leur difficile parcours dans le paysage théâtral ou télévisuel québécois; une artiste peintre d’origine russe qui arrive à faire carrière et un musicien américain qui donne son point de vue sur les questions de race et de diversité culturelle.
Le concours en ligne à l’automne 2007, sur les ondes de RCI, fait appel à la participation des internautes pour évaluer près de 120 films en compétition, en anglais et en français. On vote à l’adresse suivante : http://www.rcinet.ca/rci/fr/concours.asp.
La scène est mise dans le décor confortable de la Cinquième salle de la Place des Arts. On discutera aujourd’hui de métissage, un terme adéquat lorsqu’on parle de pratiques artistiques où depuis toujours s’entremêlent une mixité de référents culturels et médiatiques. D’entrée de jeu, la directrice du centre Montréal, Arts interculturels (MAI), Régine Cadet, d’origine haïtienne, un peuple formé notamment des cultures africaine et européenne, parle de fusion et d’adaptabilité plutôt que de métissage, un terme pouvant lui apparaître « forcé ».
Régine Cadet se sent toujours Haïtienne, comme la cinéaste Maryse Legagneur qui, elle, ajoute se sentir aussi 100 % Québécoise, cette double appartenance représentant la somme de son identité. On nage dans le cumul plutôt que l’exclusion. Il importe pour Legagneur d’évaluer plutôt qui l’on est que d’où l’on vient. Pour la cinéaste, dont le rôle est « de noter, de regarder, d’observer puis de renvoyer une image », le métissage est inclusif. Il faut écouter les gens qui disent : « Oui je suis. » Elle suggère d’ailleurs d’inverser la question de cette rencontre en se demandant ce que n’est pas le métissage... Puis elle ajoute : « Je ne me rends pas compte de ma réalité interculturelle, sauf quand on m’interpelle, qu’on me le rappelle. »
Anglophone originaire de Baie-Comeau, où il est né et a grandi, Patrick Darby se souvient de cette petite ville où l’arrivée d’un Portuguais avait frappé son imaginaire. Vers 1970, il quitte Baie-Comeau pour poursuivre des études à Montréal et découvrir « l’autre ». Il travaille maintenant depuis près de 30 ans en production musicale avec des artistes qui mêlent diverses traditions. Il s’agit peut-être du domaine où le métissage est le plus facile car la musique véhicule un langage universel. « Il est dans les normes aujourd’hui de partir à la découverte. Les gens voyagent et en rapportent des expériences qui ajoutent à leur compréhension du monde, qui est très vaste. Le goût de l’autre, on n’a plus le choix, et les artistes ont un rôle à jouer dans ce sens-là. »
L’ancrage semble avoir été plus difficile pour Roger Sinha, né en Angleterre d’un père indien et d’une mère arménienne. Se définissant lui-même aujourd’hui comme un « Fish’n chips au cari », il sera le « Paki » au Canada. Il lui est alors difficile de tirer de ses origines une fierté qu’il n’avait pas. Lorsque Salman Rushdie publie ses Versets Sataniques avec le succès qui a suivi, l’expression de son bagage culturel semblait dorénavant possible à Sinha, qui travaille depuis à conjuguer les différents vocabulaires de son identité à travers la danse contemporaine. « Ça fait maintenant partie de ma richesse, ça fait partie de ma culture. Il faut faire notre travail, faire de bonnes recherches pour arriver à un bon métissage. Salman Rushdie m’a incité à m’exprimer et j’espère à mon tour inciter des jeunes... »
Lorsque Michel Coulombe s’interroge quant aux efforts qui se font au Québec, Darby évoque un certain clivage entre la ville et les régions; Legagneur, qu’il faut du temps pour nommer tout ça; Cadet, que l’on est sur la bonne voie; et Sinha, que le nouveau profil du Québec doit se manifester à tous les niveaux. Un certain goût des autres aurait-il pris son air d’aller?
La discussion prend un tour différent lors de l’intervention surprenante du poète et agent culturel à la Ville de Montréal, Yves Alavo : « On veut une métropole de la diversité et Montréal a cette aura! J’aimerais souligner des acquis remarquables pour les artistes des communautés culturelles grâce à Culture pour tous, DAM, Vision Diversité... Un parcours immense a été effectué en quelques années et je souhaite offrir des fleurs aux gens qui ont fait ces efforts! »
Cette envolée d’enthousiasme, et le don réel de fleurs aux invitées Maryse Legagneur et Régine Cadet, ainsi qu’à Shuni Tsou (coordonnatrice de DAM) et Maria Masino (Conseil des arts de Montréal) auront enjoué l’atmosphère avant que la discussion ne reprenne sur un volet plus sombre de la diffusion des pratiques métissées dans le réseau professionnel. Pour Sinha, qui bénéficie d’un accueil régulier à l’Agora de la danse, il lui semble plus difficile de s’exporter en dehors de Montréal, bien que Baie-Comeau et Lennoxville aient accueilli sa troupe... Legagneur se réjouit que des jeunes du quartier Saint-Michel aient pris la ligne orange du métro pour venir voir son film au cinéma Ex-Centris, qu’ils aient marché dans un autre quartier que le leur, qu’ils aient osé être déstabilisés. « Un film doit être vu pour rejoindre son public. Le grand défi demeure toujours la diffusion. » Cadet souligne, quant à elle, la difficulté de faire circuler les spectacles après leur diffusion au MAI.
Le métissage n’est pas nouveau, rappelle quelqu’un du public. Les Français, les Amérindiens et les Anglais ont bien sûr façonné la colonisation, mais l’apport des gens d’autres nations se poursuit toujours. Pour Legagneur, « le métissage serait un peu comme une réponse, une façon de redéfinir, de réinventer. » Darby œuvre, quant à lui, à développer l’appartenance et la réciprocité. Loin de son Baie-Comeau natal, il travaille avec un groupe dont un des musiciens est d’origine haïtienne, de Thetford Mines. Il ne se montre pas inquiet quant à l’avenir des pratiques métissées et d’un métissage de plus en plus affirmé. « Je parlais récemment à des jazzmen fiers que les jeunes se soient inventés le hip-hop, un langage qui leur est propre. Le métissage, il faut le voir dans les écoles. La présence de l’art à l’école est ici essentielle. C’est un gros défi. »
Quant à la réponse des médias devant ce phénomène, les invités se montrent perplexes. Legagneur raconte qu’on lui a dit que « le téléspectateur ne se sentira pas concerné » par son film qui met en scène la réalité des jeunes du quartier Saint-Michel. Darby salue pour sa part la multiplication des médias en même temps qu’il déplore l’appauvrissement du paysage télévisuel. En bout de parcours, une dernière intervention du public demeurera sans réponse, faute de temps avant la suite du programme. Un metteur en scène d’origine africaine relate la présentation d’une de ses pièces au MAI et son absence totale dans le circuit québécois du théâtre alors qu’on l’invite ailleurs dans le monde. Soixante-quinze minutes de discussion ne viendront certainement pas à bout des défis actuels liés à l’éclosion d’une effervescence culturelle multiethnique au Québec et la redéfinition d’une identité.
C’est par la danse que s’expriment par la suite les exemples de pratiques métissées puisant aux sources de la culture indienne : Manijeh Ali, avec une proposition plus classique, Sinha Danse, plus contemporaine, et Bollywood Blast, avec une réinterprétation hilarante des comédies musicales de Bollywood, où les interprètes miment devant nous les projections d’extraits de films où se mêlent dans un kitsh grandiose les décors de palais, la grande cour à l’unisson pour accompagner la princesse et son prétendant dans leur danse prénuptiale, les chorégraphies de comédies musicales à l’américaine mais aux rythmes d’une Inde millénaire. La projection de films, la discussion sur le thème des pratiques artistiques métissées et les prestations scéniques qui ont suivi étaient entrecoupées d’interventions musicales de Matthew Burton.
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