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Médiation culturelle


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Du quantitatif au qualitatif : le champ de bascule de l’évaluation en médiation culturelle Publié le : 31 mai 2014

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Michel Lefebvre – Mai 2015

En mai 2014, la Ville de Montréal publiait une étude intitulée Les effets de la médiation culturelle : participation, expression, changement. Basée sur l’analyse et le suivi de six projets de médiation culturelle entre 2011 et 2013, cette étude prend le pari d’explorer le champ de l’évaluation qualitative dans le domaine des arts et de la culture, « un champ où beaucoup reste encore à faire », écrivent les chercheurs en avant-propos.

Dans la présente entrevue, la commissaire à la médiation culturelle à la Ville de Montréal, Danièle Racine, précise les motivations qui ont orienté la recherche.


 

Retour sur une étude partenariale parue en 2014 à Montréal :
Les effets de la médiation culturelle : participation, expression, changement

 

Culture pour tous : On a l’habitude de penser que les mesures d’évaluation de projets servent avant tout d’outils de contrôle. Quelle a été votre approche ?
Danièle Racine : Notre démarche vise à connaître les effets des projets de médiation pour la population, les organismes et les partenaires. Pour évaluer ces effets, la question des indicateurs se pose d’emblée. Les mesures quantitatives ne tiennent pas la route pour ces projets. C’est l’aspect qualitatif qui importe, l’idée d’une rencontre et la dimension humaine qui sont en jeu. Notre objectif est d’observer une multitude de démarches pour en mesurer les effets afin de contribuer à améliorer les processus de médiation culturelle. Notre approche de l’évaluation est résolument qualitative.

C.P.T. : Pour cette étude, vous avez choisi d’évaluer seulement six projets. En fonction de quels critères les avez-vous choisis ?
D. R. : En 2009, une première étude, réalisée à partir d’un échantillon de 150 projets de médiation soutenus par la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications dans le cadre des programmes de l’Entente sur le développement culturel, nous a permis d’établir une typologie. On avait donc un portrait de ce qui se fait et on a souhaité en mesurer l’impact en suivant étroitement un nombre limité de projets sur une longue période. Nous les avons choisis en fonction de leur durée, de la diversité de leur programme d’activités, des disciplines et du modèle partenarial. La durée varie beaucoup selon les projets – entre une journée et un an – et l’impact n’est assurément pas le même. Des projets sont axés sur la fréquentation d’œuvres et d’autres plus largement sur une diversité d’activités, notamment de création. Enfin, les projets choisis reposent sur une diversité de modèles organisationnels entre les organismes artistiques et associés, les artistes médiateurs et les publics.

Eval_Labyrinthe_webC.P.T. : Comment vous êtes-vous intégrés à la démarche d’évaluation ?
D. R. : Nous avons mené une évaluation de type participative qui engage l’ensemble des partenaires concernés : les chercheurs, les organisateurs, les organismes, les diffuseurs, les responsables de programmes, les artistes médiateurs et les participants. Un peu à l’image d’une approche documentaire, on a choisi de se fondre avec le sujet.

Sous la direction scientifique de Louis Jacob et Anouk Bélanger, du Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les assistants-chercheurs sont vraiment allés sur le terrain en s’intégrant aux équipes de réalisation. Cette collaboration étroite a permis une évaluation in situ de la réalité et des enjeux.

En termes pratiques, la démarche d’évaluation a été menée avec les outils suivants : des rencontres de groupe avec les organisateurs, une variété de questionnaires selon les projets et leurs destinataires, des entretiens avec les participants, des observations sur le terrain, des sondages plus généraux et encore des rencontres pour le retour sur l’évaluation et les bilans.

C.P.T. : Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
D. R. : Mener la recherche sur une longue période rend difficile le suivi auprès des participants, notamment à cause du roulement. L’accès aux jeunes est aussi limité dans le contexte d’une étude scientifique, compte tenu des règles d’éthique entourant les questions d’autorisation et de confidentialité.

Ensuite, pour évaluer les effets de la médiation culturelle à plus long terme, il faudrait une équipe qui suive les participants sur une dizaine d’années. Les chercheurs le rappelaient souvent. Quel est donc l’impact spécifique d’une seule activité sur l’attitude ou le comportement d’une personne ou d’une clientèle ? On peut parler d’un impact direct si quelqu’un dit s’être inscrit à des cours de danse après avoir découvert la danse en participant à un projet. Mais en général, il est difficile d’établir avec certitude parmi un grand flou d’influences culturelles et artistiques les facteurs qui ont réussi à infléchir un comportement.

La diversité des effets engendrés par les activités ajoute à la complexité d’une analyse, mais nous avons quand même observé l’évolution des différents intervenants au fil de la recherche. Dans notre étude, une synthèse graphique illustre l’impact des projets sur les participants, les organismes culturels, les partenaires, les artistes et médiateurs et le public de proximité.

C.P.T. : Quelles sont les clés d’une évaluation pertinente ?
D.R. : À la Ville, nous avons choisi de ne pas imposer de grilles comme cela se fait dans d’autres ministères ou ailleurs. L’un de nos critères dans l’évaluation des projets que l’on soutient est la pertinence des indicateurs proposés par les organisateurs.

Eval_EffetsParticipants_graph_webTout dépend des milieux. En milieu scolaire, le plus important sera de rencontrer les enseignants, qui deviennent des passeurs et des médiateurs pour préparer les élèves avant de les rencontrer. Si on s’adresse à des femmes immigrantes arrivées à Montréal depuis moins d’un an, il y a des choses à ne pas faire, comme demander de remplir des questionnaires. Ce serait trop intrusif. Avec les jeunes d’un camp de jour qui vont voir une exposition, on peut mener une démarche d’évaluation auprès des animateurs, mais on peut aussi adapter des outils pour les jeunes en proposant des questionnaires avec des couleurs, des sourires, qui rendent l’exercice d’évaluation ludique.

L’évaluation qualitative permet de réfléchir à l’impact d’un projet sur un organisme, des artistes et des participants en fonction des objectifs fixés au départ, en amont des projets. L’évaluation apporte une réflexion critique chez les organisateurs. À long terme, elle transforme la pratique des médiateurs, des artistes et des organisateurs.

C.P.T. : Avez-vous choisi d’ignorer certains paramètres dans la démarche d’évaluation ?
D.R. : Nous avons écarté la qualité artistique du résultat des activités de médiation. On serait tenté d’en tenir compte, mais ça ne doit pas faire partie de l’évaluation d’un projet. Ce qu’on cherche avant tout, c’est la qualité du rapport entre les participants et les artistes professionnels.

C.P.T. : Quel travail de communication faites-vous pour contribuer au développement de l’expertise en médiation culturelle ?
D.R. : Pour diffuser l’expertise auprès de la communauté, nous avons choisi de soutenir la tenue d’événements publics avec, notamment, Culture pour tous, le Groupe de recherche sur la médiation culturelle ou l’ACFAS en 2014. Nous avons aussi organisé des rencontres publiques avec des diffuseurs, en arrondissement. Nous organisons également des rencontres entre professionnels de la Ville de Montréal pour partager notre expertise.

Eval_PtitsLoups_imgLa ville est grande et diversifiée; nos appels de projets touchent beaucoup de monde. On pourrait envisager l’organisation de cliniques d’information avec une approche personnalisée pour divers groupes, mais on travaille déjà directement avec les organisateurs des milieux culturels et des arrondissements. On est en lien avec les gens qui nous proposent des projets. On fait souvent de l’accompagnement personnalisé en amont des projets, et après aussi, quand on a choisi de les appuyer financièrement.


Les effets de la médiation culturelle : participation, expression, changement

couverture_rapportCette étude partenariale de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de la Ville de Montréal (Division de l’action culturelle et des partenariats) a été soutenue dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal intervenue entre le ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Montréal.

Les projets étudiés Ateliers parcellaires (Oboro, centre d’artistes en arts visuels et médiatiques)Labyrinthe artistique (Péristyle nomade, organisme culturel) L’atelier (Bouge de là, compagnie de danse jeune public)Les Déjà-prêts / Ready-Mades (Maison de la culture Côte-des-Neiges).Les P’tits Loups (Festival du nouveau cinéma)On se raconte (Bibliothèque municipale et diffuseur culturel de l’arrondissement Saint-Laurent)

Équipe et partenaires de la recherche

Direction scientifique : Louis Jacob et Anouk Bélanger (Département de sociologie de l’UQAM)
Coordination de l’étude partenariale : Louis Jacob (UQAM) et Danièle Racine (Ville de Montréal)

Crédits et remerciements

 

LIENS

Les effets de la médiation culturelle : participation, expression, changement
Portail de la Ville de Montréal sur la médiation culturelle – montreal.mediationculturelle.org
Groupe de recherche sur la médiation culturelle
Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS)

 

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