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La Fabrique Publié le : 16 juin 2012

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Résidence à l’école avec Libres comme l’art

Michel Lefebvre – Juin 2012

Ce projet de résidence a été développé avec la participation des élèves de l’école secondaire Monseigneur-Richard, en collaboration avec le Centre Turbine (Adriana de Oliveira), et soutenu par le programme Libres comme l’art, une initiative du Conseil des arts de Montréal (CAM) de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ) et du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (Programme de soutien à l’école montréalaise).


Investiguer l’espace avec les gens qui l’habitent

Depuis plusieurs années, l’artiste interdisciplinaire Jean-Maxime Dufresne multiplie les projets participatifs. Artiste en résidence à l’école secondaire Monseigneur-Richard, dans le Sud-Ouest de Montréal, il a mené, en 2011, un processus de réflexion et d’échanges avec les élèves autour de ce milieu de vie qui est le leur. Il en a résulté la transformation de mobilier désuet en objets de sociabilité disposés un peu partout dans l’école.

À l’hiver 2011, l’artiste interdisciplinaire Jean-Maxime Dufresne a mis en branle La Fabrique, une résidence de création à l’école secondaire Monseigneur-Richard, à Verdun, dans le Sud-Ouest de Montréal, un projet réalisé avec le centre Turbine dans le cadre de Libres comme l’art*, un programme de résidence d’artiste en milieu scolaire. Ce projet a donné lieu à un long processus de réflexion et d’échanges avec les élèves autour de ce milieu de vie qui est le leur.

Jean-Maxime Dufresne s’intéresse aux pratiques spatiales, à la vie qui bat dans l’espace architectural. L’idée soumise au programme Libres comme l’art était de questionner les espaces de vie d’une école et de transformer du mobilier désuet pour en faire des objets d’art. Au moment de proposer ce projet, il n’était pas clair comment cette idée allait se traduire concrètement sur le terrain.

Tout comme avec ses autres projets, souvent initiés par un processus d’enquête et d’exploration, l’artiste a recueilli auprès des élèves une foule de réflexions sur l’environnement, le lien social et la relation que les jeunes entretiennent avec les différents espaces de l’école. «Au début, il faut être patient avec les élèves, explique Jean-Maxime Dufresne. Il plane une certaine incertitude de part et d’autre car ce sont de nouveaux langages qui se rencontrent. Mais, progressivement, il se tisse une certaine forme d’inclusion. Avec ce projet, il y avait une réelle capacité d’appropriation pour les élèves.»

Après cette première phase de consultation, l’artiste a dirigé la production d’affiches reprenant les slogans et commentaires exprimés par les jeunes. Ces affiches ont par la suite été disséminées dans l’école, exprimant à la fois des parcelles de leur vie personnelle, des réflexions sur ce milieu de vie, sur leur manière d’habiter l’environnement architectural et social de l’école, ou des opinions plus générales exposant une vision plus large de la société.

Cette première étape a servi d’élément catalyseur pour que l’artiste se dédie ensuite, avec près d’une cinquantaine d’élèves, à la création de pièces de mobilier inusitées à partir de matériel obsolète trouvé dans la réserve de l’école Monseigneur-Richard, dont une soixantaine de chaises en bois, de vieux comptoirs et des banquettes en vinyle.

Progressivement, une armada d’objets hybrides ont été disposés dans l’école afin de favoriser l’éclosion d’espaces de socialité et d’en valoriser la dimension publique. Ces aménagements inattendus interrogeaient tout d’abord la relation que les jeunes entretiennent avec le microcosme de leur école et, par extension, avec celui de leur propre ville.

L’artiste a ainsi travaillé avec une trentaine d’élèves d’une classe d’arts plastiques de secondaire 5 et une vingtaine d’autres du programme de Formation professionnelle et technique. Si les premiers étaient régis par un horaire fixe, les seconds ont fréquenté La Fabrique plus librement, comme un lieu où laisser cours à son imagination et travailler avec l’artiste à la transformation du mobilier.

À l’origine, l’école s’attendait vraisemblablement à quelque chose de plus simple et habituel, comme une exposition qu’on installe et démantèle ensuite. Or, Jean Maxime Dufresne a créé avec les élèves un parc d’équipement permanent, un ensemble de chaises transformées, et l’école doit maintenant se questionner à l’égard de ce mobilier. «Que faut-il en faire? Où va-t-on le disposer? Faut-il responsabiliser les élèves? Au-delà de l’objet lui-même, il y a la fonction sociale de l’objet, explique-t-il. En tant qu’artiste invité en résidence, je suis un acteur, mais ce sont aussi les élèves et les gens qui se greffent progressivement au projet qui le font vivre. Avec les projets participatifs, il y a cet idéal qui veut que tout le monde participe. Mais dans la réalité, il faut accepter que ça ne fonctionne pas toujours, qu’il existe des forces conflictuelles, des tempéraments réfractaires, certaines habitudes ou des attentes qui ne sont pas toujours au rendez-vous, exigeant de part et d’autre une capacité d’adaptation et de réaction.»

Aujourd’hui, l’école continue d’utiliser comme espace de création cette réserve de matériel qui était alors encombrée d’objets inutiles. La Fabrique a donc permis de faire le ménage, avec la collaboration des élèves, et les chaises transformées font aujourd’hui vivre différemment les couloirs et autres espaces publics de l’école. L’artiste rend crédit aux préposés à l’entretien qui ont été d’une aide précieuse et qui avaient déjà créé un précédent en ayant transformé un vieux bureau désuet en benne à déchets pour faire le ménage de la cafétéria.

Infrastructures sociales, espaces indéterminés et psychologie des lieux

Le pavillon Rhéaume, qui abrite l’école, est un édifice de béton d’esthétique brutaliste typique des polyvalentes construites dans les années 1970. Entièrement renfermé sur lui-même, ce bâtiment n’est pas sans déplaire à l’artiste à cause des défis posés à ceux et celles qui l’occupent. Avec La Fabrique, Jean-Maxime Dufresne s’est intéressé à l’effet psychologique de ce bâtiment sur le comportement des élèves. Cette préoccupation est omniprésente dans la démarche de l’artiste et elle s’articule notamment avec le collectif SYN, dont il fait partie avec Luc Lévesque et Jean-François Prost, qui se définit comme un atelier d’exploration urbaine.

«Lorsqu’on se questionne sur les espaces communs et la vie dans ces espaces, beaucoup d’aspects entraînent forcément la participation du public qui les habite», explique Jean-Maxime Dufresne, qui s’intéresse tout autant aux espaces au statut indéterminé qu’à ce qui survient dans un projet architectural construit. «Quel est l’imaginaire d’un lieu? Quelle est la capacité de le transformer? Comment les espaces se manifestent-ils? Mon objectif est de réunir les voix, ces agents qui s’interrogent sur les modes d’occupation du territoire.»

Toujours cette idée de poser des questions, de revoir notre rapport à la ville, à l’environnement et aux gens qui l’habitent. Avec La Fabrique, le territoire d’investigation était l’école secondaire et les élèves s’y sont investis avec passion et imagination.


Liens

Le projet de La Fabrique a fait l’objet d’une publication réalisée par le Centre Turbine spécialisé en création, recherche, production et diffusion de pratiques actuelles en art et en pédagogie, en collaboration avec le Centre des arts actuels Skol.

Jean-Maxime Dufresne a complété des études en architecture et en multimédia et réalisé de nombreux projets dans plusieurs pays. En plus de son engagement personnel en tant qu’artiste et au sein de divers collectifs et organismes artistiques (Adaptative Actions, SYN–, Dare-Dare, etc.), il travaille comme guide-éducateur au Centre Canadien d’Architecture de Montréal.

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