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Médiation culturelle

Passeurs de rêves – Le mentorat culturel pour la persévérance scolaire Publié le : 31 août 2012

Michel Lefebvre – Août 2012

Un programme de mentorat culturel a été mis en place par Culture pour tous en 2012 au bénéfice de jeunes adolescents de 3e secondaire. Près d’une vingtaine d’élèves ont ainsi été jumelés avec des mentors issus du milieu culturel de leur communauté, à Montréal, à Québec, en Montérégie et au Saguenay.


Passeurs_infographie_400«J’ai passé le plus beau mois d’avril de ma vie.» Ainsi s’est exprimé le jeune Loïc au terme d’un programme pilote de mentorat culturel, Passeurs de rêves*, mis en place par Culture pour tous en 2012 au bénéfice de jeunes adolescents de 3e secondaire.

Sur une période de quelques semaines, des élèves ont participé à une série de rencontres avec des artistes et travailleurs culturels qui les ont initiés à leur travail. Les objectifs de ce programme sont doubles: offrir des modèles inspirants de persévérance et faire découvrir aux jeunes des secteurs d’activités qui les intéressent et qui sont susceptibles de les motiver.

Accueilli chez Ubisoft, Loïc a eu droit à six rencontres avec des travailleurs rattachés à différentes étapes de la création d’un jeu vidéo. Mariève Cadoret, coordonnatrice, événement et développement durable, agissait comme mentor et intermédiaire entre le jeune Loïc et les travailleurs qui lui expliquaient leur travail respectif. «Au fil des rencontres, il émergeait de sa coquille, raconte-t-elle. Il prenait les devants en posant des questions qu’il avait préparées et il poursuivait ensuite ses recherches à l’Internet.»

Pour les employés d’Ubisoft, ce fut un exercice stimulant qui leur a permis de sentir concrètement l’impact de leur intervention auprès d’un jeune qui, par la suite, à l’école, a adopté un comportement empreint d’assiduité et d’ardeur au travail, deux qualités propres à la persévérance scolaire.

Passeurs_mode_400Passeurs de rêves, c’est aussi un lien avec le réel. À travers ce programme, les jeunes sont en mesure de réaliser quels sont réellement leurs intérêts et si leurs désirs correspondent à la réalité. Comme le dit Patricia Jodoin, de Créations Encore, «l’image qu’on a en tête n’est pas toujours la réalité». Dans son atelier, cette designer de mode a accueilli la jeune Sarah-Marie, une fille faisant déjà preuve d’un intérêt certain pour la création de vêtements, comme en fait foi sa collection de dessins de mode soigneusement ordonnés dans son portfolio. Patricia Jodoin a donc échangé avec elle sur ce qu’était son travail. Elle lui a présenté des livres avec des modèles et montré des choses propres au métier. Au terme du jumelage, l’école a noté un important regain d’enthousiasme.

Il revenait à chaque école d’identifier parmi des élèves pour qui un jumelage en milieu culturel serait le plus bénéfique. Dans Montréal-Nord, l’enseignante Christine Lemay a présenté Passeurs de rêves aux élèves en visitant autant les classes régulières de 3e secondaire que celles en adaptation scolaire. Une douzaine d’élèves se sont ensuite présentés à une rencontre d’information où le projet a fait l’objet d’une présentation plus détaillée. La sélection s’est donc faite sur une base volontaire. Sur six projets de jumelage initiés, trois ont été menés à terme, deux en radio et un troisième en théâtre.

L’expérience de mentorat auprès de la jeune Anna-Maria a entraîné un effet spectaculaire, explique Christine Lemay. «Elle flottait comme sur un nuage», dit-elle. Après une période d’observation et d’apprentissage auprès de son mentor, Khady Beye, journaliste à CHOQ et Radio-Canada, a pu elle-même couvrir un sujet à la radio et mener une entrevue. Cette jeune fille avait découvert à la radio une nouvelle voie.

Passeurs_instrumentMusique_400La responsable de Passeurs de rêves à Culture pour tous, Geneviève Chicoine, s’est inspirée d’un projet qui l’avait marquée lorsqu’elle travaillait à l’organisation de L’art qui fait boum, un événement d’arts visuels. «Des jeunes de niveau primaire rencontraient les artistes et c’était toujours un beau moment, se rappelle-t-elle. Les artistes travaillent avec passion et ce n’est avant tout pas l’argent qui les motive.» Ils savent en outre communiquer cette passion dont ont tant besoin les jeunes de 3e secondaire, souvent indécis ou inquiets quant à leur avenir, parfois démotivés ou en proie à des problèmes personnels qui les empêchent de voir la vie avec confiance et enthousiasme.

Le programme est né d’une intention de favoriser la persévérance scolaire. La pertinence du jumelage entre l’intérêt des jeunes et le milieu d’accueil est un élément clé de la réussite, ce qui pose parfois problème pour des questions de proximité ou de disponibilité des ressources culturelles. Les projets suscitant le plus d’enthousiasme reposent avant tout sur une démarche active, pratique et instrumentale, comme en font foi les écrits recensés sur le sujet par Culture pour tous.

Pour la première année de ce projet pilote, l’objectif visait une trentaine de jumelages, mais ce sont en bout de ligne dix-neuf jeunes qui auront suivi et complété leur jumelage avec des mentors issus du milieu culturel de leur communauté dans quatre régions du Québec, soit Montréal, la Capitale-Nationale, la Montérégie et le Saguenay.

Quant aux projets qui n’ont pas abouti, les causes relèvent d’un grand nombre d’impondérables d’ordre logistique, administratif ou personnel. Les écoles ont aussi chacune leur agenda d’activités ainsi que des ressources limitées. Le programme Passeurs de rêves constitue l’une des nombreuses mesures entreprises pour motiver les élèves et leur faire connaître de nouvelles expériences, bien qu’il se distingue en intégrant la dimension culturelle comme possible avenue de développement professionnel.

cassandra_myelleLe programme est reconduit pour 2012-2013 avec principalement les mêmes écoles afin de peaufiner le fonctionnement et susciter davantage de jumelages. Des trousses d’accompagnement** sont disponibles pour les partenaires scolaires. Un aspect important du programme pour les jeunes fera l’objet d’une attention accrue, soit le partage de leur expérience avec les autres élèves. Les mentorés sont incités durant le jumelage à noter leurs observations dans un journal de bord afin de préparer cette dernière étape du projet. Il revient ensuite aux partenaires scolaires de déterminer comment et auprès de qui cette rétroaction sera la plus bénéfique. Des élèves ont ainsi exposé leur expérience dans le cadre d’un cours sur l’exploration de carrière ou dans un cours de français. Toutes les écoles ont aussi souligné la participation de leurs élèves lors des Galas Meritas de fin d’année.

Les mentors ont de leur côté été invités à compléter des questionnaires d’évaluation élaborés avec le soutien du Service aux collectivités*** de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Cet outil de suivi a notamment permis de suivre l’évolution du programme et de procéder à son évaluation.

Les résultats sont probants

Passeurs_logo_200Le projet a réussi pour près d’une vingtaine de jeunes appelés à devenir à leur tour un passeur de rêves. «C’était une belle expérience, autant pour moi que pour elle», conclut Bianka Robitaille, artiste multidisciplinaire et travailleuse culturelle associée à l’Atelier IQ, qui a accueilli Marie-Jeanne dans le contexte des préparatifs et de la tenue de l’événement Flash-Fête à Alma, quatre jours de création, de diffusion et d’éducation.

 


 

Photos et vidéos:
Mathieu Leblanc / Productions Arborescence, Alexandre Rufin, Audrey Pernis

* Passeurs de rêves :
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la stratégie d’action visant la persévérance et la réussite scolaire du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Il cible en priorité des écoles secondaires œuvrant en milieu défavorisé faisant partie du programme Agir autrement (SIAA).

** Les trousses d’accompagnement de Culture pour tous :
Culture pour tous a développé des trousses d’accompagnement pour les mentors, les partenaires scolaires et pour les jeunes participants. En plus de guides de fonctionnement du projet, ces trousses précisent les engagements de chacun, prévoient des autorisations parentales, des fiches d’identification du jeune et les procédures en cas d’urgence.

*** Le processus de suivi et d’évaluation :
Avec l’aide du Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal, l’enseignante et candidate à la maîtrise Karine Labelle a réalisé la recension, les questionnaires et l’analyse des résultats, avec les conseils du chercheur Jean Bélanger, Ph. D.

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