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Culture pour tous

Une vie dédiée aux arts et à la culture | Entretien avec Louise Sicuro Publié le : 2 septembre 2021

Ayant fondé Culture pour tous et œuvrant à la tête de l’organisme depuis maintenant un quart de siècle, Louise Sicuro se prépare à en céder les rênes tout juste après les célébrations du 25e anniversaire des Journées de la culture. C’est avec passion que Mme Sicuro a dédié sa carrière à la cause de la démocratisation de la culture et au développement des pratiques de médiation culturelle. Afin de souligner son apport remarquable à l’organisme et sa contribution incontestable aux pratiques culturelles et artistiques québécoises, nous avons échangé avec elle lors d’un entretien convivial. Cette discussion a été l’occasion de se remémorer certains moments marquants des Journées, de réfléchir et de remettre en contexte leur mission et, enfin, de formuler des souhaits pour leur avenir.


Qu’est-ce qui a motivé, il y a 25 ans, la fondation des Journées de la culture ?

Leur création a eu lieu dans un contexte où le Québec était en très mauvaise posture économique et souffrait d’un important déficit. En 1996, des dirigeants provenant de l’ensemble des secteurs d’activité se sont réunis autour d’un grand Sommet sur l’économie et l’emploi pour entamer trois chantiers, dont un portant sur l’économie sociale auquel le secteur culturel s’est intégré. J’ai alors été approchée par un groupe dont faisait partie Simon Brault, cofondateur des Journées, pour développer un projet qui pourrait fédérer tous les secteurs de la culture. Je me suis inspirée des Journées européennes du patrimoine pour concevoir une grande invitation qui réunirait le milieu culturel ainsi que les citoyennes et citoyens, un mouvement qui soit volontaire et qui permettrait d’abolir les barrières financières et socioculturelles et de mettre de l’avant l’importance de la culture dans la vie de tous et toutes. Les Journées, c’était aussi l’idée de faire la promotion de la culture locale et de renverser la conception que la culture n’est accessible que dans les centres urbains.

Après le sommet et les premières confirmations de subvention en janvier 1997, il fallait convaincre le milieu culturel régional. Nous avons fait une tournée du Québec en collaboration avec les Conseils régionaux de la culture. Je me souviens des réactions ; après quelques minutes, on sentait que notre projet allumait les gens, on voyait les étincelles dans leurs yeux. Pour appuyer cet événement collectif fait sur la base du volontariat, nous avons demandé au gouvernement d’alors de proclamer officiellement le dernier vendredi de septembre et les deux jours suivants de chaque année, Journées nationales de la culture. Ce qui fut fait. Une motion présentée le 17 juin 1997 a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale du Québec. Cette officialisation a eu lieu le même jour où nous avons lancé le premier logo des Journées  et fait l’annonce de nos partenariats financiers dont le ministère de la Culture et des Communications, le ministère des Régions, Hydro-Québec, Bell et Desjardins. La première édition des Journées s’est déroulée en septembre 1997. Dès le départ l’événement a connu un grand engouement de la part du milieu et du public : il y avait environ 500 activités au programme. C’était assez enthousiasmant, créer quelque chose à partir de zéro. On a été chanceux quand même, mais il y a beaucoup de travail derrière ça.

 

Que signifie pour vous la démocratisation des arts et de la culture, qui constitue la mission des Journées de la culture et de Culture pour tous  ? ; De quelle façon cette mission peut-elle s’ancrer dans le développement social du Québec d’aujourd’hui et de demain ?

J’ai toujours été proche des arts et la culture, même si je n’ai pas eu une pratique quand j’étais toute petite et que je ne provenais pas d’un milieu familial artistique. Au début de ma carrière, j’ai eu la chance d’occuper un emploi à la ville de Saint-Léonard à l’époque où les municipalités commençaient à développer leur offre culturelle professionnelle. Rapidement, j’ai réalisé qu’il fallait que l’art soit vu, mais pas juste par les initiés. Je trouvais aussi que les artistes que j’aimais bien n’étaient pas assez connus. C’est un travail d’éducation, de sensibilisation, qui m’a toujours interpellée et que je trouve fondamental pour une société. Il est nécessaire que le travail de médiation culturelle et de démocratisation de la culture soit mis de l’avant au quotidien dans tous les secteurs de la société. Plus les gens sont connectés à leur culture, plus ils sont capables de faire preuve d’ouverture et de curiosité, parce qu’ils ont des racines, qu’ils sont bien ancrés dans leur communauté. Je crois que les arts et la culture sont des outils puissants pour le développement humain. C’est une mission qu’il ne faut jamais perdre de vue : je souhaite qu’un jour, la culture ne soit plus considérée comme un secteur d’activité, mais comme une dimension de la vie

 

En rétrospective quelle est votre plus grande fierté en tant que cofondatrice et directrice des Journées de la Culture ?

Je dirais que c’est d’avoir été persévérante et d’avoir su préserver l’esprit d’un mouvement volontaire, permettant de conserver une participation forte des organisateurs. Depuis le début, nous sommes conscients que les Journées reposent sur l’implication volontaire et l’engouement du milieu de la culture. Je suis toujours ravie de constater que malgré les obstacles et les défis rencontrés par nos partenaires de réalisation, ils sont au rendez-vous chaque année et ouvrent leurs portes avec générosité. L’année dernière, lors d’une consultation auprès des organisateurs, nous avons eu à nouveau la confirmation de la pertinence de ce mouvement de démocratisation. L’adhésion du milieu ne décroit pas depuis 25 ans et j’espère qu’elle perdurera.

 

Qu’aimeriez-vous léguer aux Journées de la culture et à Culture pour tous ?

Je souhaite laisser derrière moi et voir se poursuivre l’objectif qui prévaut depuis 25 ans : que les Journées de la culture demeurent une occasion conviviale de rencontre, un geste volontaire du milieu de la culture vers les citoyennes et citoyens. J’espère aussi léguer un esprit d’ouverture ainsi qu’une reconnaissance de toutes les expressions de la culture. Au départ, les Journées étaient réservées aux artistes professionnels, on a toutefois participé à déconstruire la dichotomie qui avait cours entre amateurs et professionnels. J’ai milité pour que les Journées soient plus inclusives et qu’elles soient ouvertes à toutes celles et ceux qui pratiquent un art mais aussi à tous ceux qui découvrent ou s’intéressent aux nombreux aspects de la vie culturelle comme l’histoire, le patrimoine bâti, l’architecture, la littérature, etc. Il aura fallu cinq ans pour que l’on invite les Villes et les municipalités à prendre part aux Journées, et Dieu sait qu’elles contribuent grandement au développement de la culture ! Aujourd’hui, elles sont nombreuses à participer ; l’offre d’activités d’une localité tient souvent en grande partie à son implication.

 

Quel fut votre moment le plus marquant des 25 années des Journées de la culture ? ;

J’ai un souvenir impérissable du projet des Convertibles qui a eu lieu lors du 10e anniversaire, à Québec. On a choisi 10 villes et 10 artistes accompagnés d’un groupe de citoyennes et citoyens, à qui l’on a confié des autobus désaffectés avec la mission de les transformer en œuvre d’art. J’ai été marquée par cette activité de médiation culturelle en art contemporain qui s’est déroulée pendant trois jours sur les Plaines d’Abraham et qui a attiré un peu plus de 15 000 visiteurs. Cet événement a été un moment charnière pour la médiation culturelle : les gens ont véritablement pu se familiariser avec la pratique et se rendre compte de son potentiel social et culturel. Chaque année, je suis aussi touchée par plusieurs initiatives qui font une différence dans leur communauté. Dans des petites localités, par exemple, des rencontres marquantes, la découverte, en compagnie d’autres curieux, d’un artiste fantastique ou d’un organisme méconnu. J’ai également la preuve, chaque année, que les Journées accomplissent leur mission. Par exemple, lorsque, pendant une visite de la Place des Arts, la grande majorité des gens confirment à main levée visiter l’institution pour la première fois. Je me dis que si les Journées de la culture ont permis à quelques personnes d’ouvrir leurs horizons, de se rapprocher d’une quelconque façon de la culture, d’être sensibilisées ou tout simplement d’avoir vécu une expérience agréable, c’est mission accomplie.

 

À travers ces 25 années d’implication au sein des Journées de la culture, avez-vous constaté des transformations dans les pratiques et le milieu culturelles et artistiques québécoises ?

Un des constats qui me ravit, c’est de voir aujourd’hui que les pratiques de médiation culturelle se développent et se sont propagées. Désormais, la plupart des institutions culturelles et des artistes comprennent qu’il n’est plus possible de se contenter de présenter un spectacle ou une exposition et de simplement vendre des billets. Plusieurs compagnies et organismes culturels ont des médiateurs culturels et bonifient leur offre de la sorte. Il y a également plus d’interaction entre les artistes et le public. Je ne sais pas si ça correspond uniquement à l’arrivée des médias sociaux, mais les gens veulent maintenant faire des rencontres, vivre des connexions, des expériences. Avec les Journées, on souhaitait ouvrir les coulisses de la culture et mettre au jour les dessous de la création. On ne voulait pas voir le produit fini mais plutôt rapprocher le public des artistes, dévoiler l’ampleur de leur travail, de leur savoir-faire et de leur passion. C’était notre mission au départ et il semble que cette interactivité fasse désormais partie intégrante des pratiques culturelles et artistiques.

 

Qu’espérez-vous pour la suite des Journées de la culture ?

Je crois que le Québec peut très bien célébrer les journées de la Culture encore plusieurs années et j’espère que de plus en plus de gens y prendront part : que chaque citoyenne et citoyen devienne un protecteur de la culture dans son milieu, que chacune et chacun reconnaisse la culture comme une dimension de la vie. La culture, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement sur nos valeurs, sur ce que l’on est en tant que société. La culture peut nous humaniser et je souhaite qu’elle soit reconnue comme un moyen de célébrer les différences et de réduire les injustices. Elle va au-delà de la fierté : elle nous forge et nous détermine. J’espère ainsi pour le futur des Journées de la culture que la culture puisse être célébrée dans tous les milieux, traverser tous les secteurs, telle une dimension de la vie.

 

#Jdelaculture

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