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Culture pour tous

Article bilan — ATELIER 10 Publié le : 26 février 2021

ATELIER 10
RÊVER… DES INITIATIVES QUI FONT DU BIEN

Bilan de l’atelier

Alors que le secteur culturel subit les coups durs de la pandémie, nous réfléchissons à la sortie de cette crise. Les liens entre l’art et la santé sont notamment à resserrer, puisqu’il a été démontré à plusieurs reprises que la pratique des arts ou la participation à des activités culturelles avaient un impact positif sur le bien-être et la santé mentale des populations. En ce sens, la mobilisation à Lac-Mégantic après la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013 constitue un bon exemple sur lequel se baser.

Et si l’humour avait aussi sa place à jouer?

Visionner le rattrapage

Coup de théâtre: Stéphanie Bélanger

L’artiste de cirque et comédienne Stéphanie Bélanger ouvre le bal avec une performance décalée. À l’écran, elle s’épile les jambes et s’habille, tout en répétant son texte. Elle se prépare pour une conférence sur Clowns Sans Frontières et, par le fait même, présente cet organisme actif depuis plus de 25 ans.

L’après-crise à Lac-Mégantic : Mélissa Généreux et Marie-Claude Maillet

Le micro est ensuite donné à Mélissa Généreux, médecin-conseil à la santé publique de l’Estrie, et à Marie-Claude Maillet, organisatrice communautaire, qui travaillaient à l’époque pour la communauté de Lac-Mégantic.

Après l’explosion, la santé publique s’est mobilisée pour gérer la crise, en protégeant d’abord la santé physique de la population. Les mois suivants ont démontré que les dommages sur le plan psychologique étaient tout aussi importants. La population a été consultée: elle désirait une approche de gestion de crise moins formelle, davantage orientée vers l’innovation et la créativité. L’Équipe de proximité a donc été créée afin de travailler sur le terrain et de mettre sur pied des initiatives culturelles contribuant au bien-être des gens de Lac-Mégantic et des environs.

Objectif: offrir un espace de parole à la population

Membre de cette équipe depuis sa création, Marie-Claude Maillet  poursuit l’atelier en présentant trois initiatives de l’Équipe de proximité qui ont permis à la communauté de s’exprimer:

  • La grande cueillette des mots
    Il s’agit de la toute première activité artistique communautaire organisée après la tragédie, à laquelle plus de 400 personnes de la MRC du Granit ont participé avec cœur. L’objectif était de renforcer le sentiment d’appartenance de la population envers son milieu de vie, tout en laissant place au dialogue. La grande cueillette des mots était un espace d’échange pour permettre à toute la communauté de briser le silence et de s’exprimer par les arts. « Dans le cadre de ce projet, plusieurs activités ont été proposées aux citoyens, telles que la création d’un spectacle, des ateliers d’écriture et des ateliers de fabrication de lanternes. Question de créer un contexte favorable à la participation de tous les citoyens, les activités ont été mises en place dans des lieux significatifs pour ceux-ci », peut-on lire dans le site du réseau Les Arts et la Ville. Beaucoup de partenaires de la région ont contribué à cette activité pour la rendre encore plus grande, enrichissante et émouvante.
  • La place Éphémère
    Se réapproprier le centre-ville de Lac-Mégantic était important. La population a donc été invitée à prendre part au réaménagement de la Place: les citoyens voulaient embellir l’espace, avaient besoin de créer quelque chose de beau. Ouverte à toutes et à tous, la place Éphémère est devenue un espace collaboratif où sont présentés de nombreuses performances artistiques. En plus des spectacles organisés, elle est aussi ouverte aux prestations spontanées : tout le monde peut venir chanter, danser, jouer de la musique… C’est un point de rencontre culturel tout en simplicité, un générateur de bien-être qui permet aux gens de se déposer et de libérer l’agitation.
  • Le Photovoix
    Une fois par mois, un groupe se réunit et discute d’une thématique autour de laquelle prendre des photographies. À la rencontre suivante, ces photos sont partagées entre les participants. Le projet a lieu sur une période de six mois et se termine par une grande exposition. Si la première édition du Photovoix misait davantage sur les échanges, celles des dernières années incluent aussi un volet technique et pédagogique, avec la présence de photographes professionnels. Cette activité permet à la population d’exprimer une vision unique de la beauté à travers certains contrastes, et démontre que Lac-Mégantic est beaucoup plus qu’une tragédie.

Toutes ces initiatives, qui contribuent à la relance d’une communauté ébranlée, ont un amené une fierté palpable chez les gens qui y ont participé. Marie-Claude Maillet rappelle que la participation citoyenne à ces projets créatifs permet de renforcer son pouvoir d’agir, de souligner sa résilience.

Mélissa Généreux affirme que, comme ce fut le cas après la tragédie de Lac-Mégantic, les impacts psychosociaux sont bien réels en ce qui concerne la pandémie de COVID-19. Selon les résultats préliminaires d’une enquête internationale sur les impacts psychosociaux de la pandémie à laquelle elle a collaboré, 25,4 % de la population québécoise souffrirait d’un trouble d’anxiété généralisée probable et 25,5 % d’un trouble de stress post-traumatique probable lié à la pandémie.

Elle espère que les résultats de cette étude confirmeront la nécessité d’agir, non seulement dans la gestion de la crise, mais aussi dans l’attention à porter aux dommages collatéraux.

En temps de pandémie, la population a besoin de comprendre ce qui lui arrive et de sentir qu’elle a ce qu’il lui faut pour maîtriser la situation stressante. L’art et la culture ont le pouvoir d’amener ce qu’on appelle un « sentiment de cohérence », c’est-à-dire « la faculté qui nous permet de comprendre un événement, d’y donner un sens et de trouver des solutions pour y faire face », ce qui est important pour la santé dans un contexte de pandémie.

Atelier pratique: l’enquête appréciative 

L’objectif de l’exercice est d’échanger en profondeur autour d’une expérience ayant suscité un sentiment de cohérence. En groupe de trois, chacun a un rôle actif à jouer: l’enquêteur ou enquêtrice interroge une personne, qui se confie à propos d’une expérience inspirante récente, tandis que l’autre prend des notes. Pour finir, on invite les participants à imaginer le déploiement d’une activité culturelle, fictive ou réelle, qui serait susceptible de provoquer le sentiment de cohérence en appliquant les éléments essentiels identifiés précédemment.

Une première participante partage les propos de son équipe, qui s’est penchée sur la problématique de l’itinérance en contexte de pandémie. Comme elle travaille pour BAnQ au centre-ville de Montréal, son équipe a imaginé la création d’un événement de prise de parole qui se tiendrait à la Grande Bibliothèque et où les populations plus vulnérables seraient les bienvenues. Il pourrait y avoir des grignotines et du café, des lieux propices à la discussion. Mélissa Généreux souligne à quel point il est pertinent d’avoir un souci d’inclusivité. Il peut être facile de toujours aller vers les gens prêts à participer, sans trouver comment rejoindre tout le monde. Elle mentionne aussi que l’expérience des personnes itinérantes participantes pourraient être partagées avec d’autres. La participante mentionne que le soutien de ressources communautaires serait essentielle.

Une seconde participante raconte le déroulement d’un concert organisé en plein air, dans un parc de Sainte-Thérèse, dans le but de rejoindre les jeunes qui y flânaient. Le spectacle de chanson, un style musical qui aurait pu les rebuter, a réussi à rejoindre plusieurs jeunes qui l’ont écouté avec intérêt. La participante raconte même qu’un spectateur a été amené à s’ouvrir grâce à la musique. Mélissa Généreux fait un lien avec le projet de photo de Lac-Mégantic: l’art amène les gens à se sentir libres de parler de leurs sentiments. Marie-Claude Maillet souligne qu’on retrouve souvent une profondeur dans les petites choses.

Une dernière participante partage une expérience personnelle vécue par une femme vivant seule, qui a dû quitter son lieu de résidence. Elle a donc réappris, à l’âge adulte, à vivre avec ses parents. Pour s’adapter à sa nouvelle réalité et exprimer ses émotions, elle s’est mise au collage et au dessin. Les éléments essentiels qui sont ressortis grâce à l’art sont une expérience renouvelée, une prise de recul et l’importance de la communication et du dialogue.

En fin de séance, les intervenantes ont rappelé l’importance de documenter les projets et leurs effets sur la communauté pour démontrer leur influence positive et ainsi, de contribuer à la reconnaissance des bienfaits de l’art et de la culture.

Laquelle de toutes les initiatives présentées dans cet atelier vous inspire le plus ?

Liens pratiques et références

Clown Sans Frontières
Les Arts et la Ville
Article sur l’enquête internationale sur les impacts psychosociaux de la pandémie à COVID-19
Étude finale: Renforcer les capacités d’adaptation des individus et des communautés en contexte de pandémie : le rôle clé du sentiment de cohérence
Les initiatives prometteuses
Organisation mondiale de la santé (OMS)

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