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Écrire pour mieux revenir Publié le : 1 mai 2020

Texte : Yassmine Toualbi


À l’école comme en amour, il suffit parfois d’une rencontre pour que la vie prenne une toute autre direction. Et qu’est-ce qu’aimer si ce n’est que de la curiosité à profusion, un intérêt sincère envers un idéal, le désir d’en savoir plus, d’essayer, d’échouer, de se perfectionner ? Le mentorat individuel qu’offre le programme Passeurs de rêves tente, sans prétention, de raviver cette flamme qui somnole chez des élèves doués mais en manque d’inspiration ou d’écoute. Comment ? En les jumelant avec un mentor qui partage la même passion.


Pour clore cette semaine de la persévérance scolaire, voici l’histoire de William Pérusse, 18 ans, élève de cinquième secondaire de l’école Marie-Anne de Montréal et écrivain en herbe. En six rencontres, il s’entretiendra et s’inspirera de Florence Meney, romancière accomplie et femme d’une grande générosité.

Journaliste de formation, essayiste et romancière, et également spécialiste des relations médias, autant dire que Florence Meney écrit depuis toujours. Après quelques difficultés, c’est grâce à la confiance et au soutien de son éditrice que le magnifique recueil « Montréal, à l’encre de tes lieux » (Québec Amérique) a finalement trouvé sa place dans les grandes librairies en 2008. Florence y rencontrait vingt écrivains pour découvrir et raconter comment la ville façonne leur écriture. Le sentiment de mener enfin un projet à terme est ce qui l’a poussé à continuer dans cette voie, avec l’aide précieuse d’un entourage qui croyait en elle. « Dans ma vie de jeune élève et d’apprenti écrivain, ce qui m’a beaucoup aidé, c’était les professeurs de littérature inspirants. Il faut un mentor quelque part. Ça peut être un prof, un ami, un parent… une éditrice. »

Quant à William, artiste et créatif dans l’âme, il écrit depuis trois ans, même s’il avoue que son premier amour était le dessin. Pas étonnant, donc, que ses matières préférées soient le français et les arts plastiques, pour lesquels il développe un réel talent. Comme pour beaucoup de jeunes de son âge, les mathématiques sont problématiques. Après deux échecs, le jumelage avec Florence l’a encouragé à réussir son troisième et dernier essai. C’est avec fierté qu’il confie : « C’est grâce à ces rencontres que j’ai réussi à finir les maths : j’étais démotivé, convaincu d’échouer une troisième fois. Le mentorat m’a motivé parce que je me suis dit « on m’a proposé le projet, je dois m’arranger pour le mériter en me forçant à réussir les maths et les cours de toute la session ! » »

Vers 15 – 16 ans, William a failli suivre une voie différente. Plus mature que les jeunes de son âge, il peine à trouver sa place en troisième secondaire et avoue à ses parents qu’il souhaite intégrer le marché du travail pour, éventuellement, reprendre les études à l’école aux adultes, un peu plus tard. De son propre aveu, ce sentiment de mal-être venait du fait qu’il s’ennuyait à l’école et trouvait que l’encadrement ne lui était pas adapté. « L’immaturité de certains jeunes » lui pesait, ainsi que l’intimidation qui planait constamment dans l’école, malgré différentes mesures prises par la direction.

« S’il y a une chose que je veux lui transmettre, c’est qu’il faut qu’il s’accroche. Parce qu’il est vraiment intelligent. Il a une très belle plume et beaucoup de maturité pour son âge. Il a vraiment beaucoup de potentiel, il a juste besoin d’un petit coup de pouce… » – Florence

William avait hâte de rencontrer sa mentore, mais sans trop savoir ce qui l’attendait. Au programme : une sortie au Salon du livre, des rencontres sans prétention, des conseils… Florence et lui ont même commencé un projet ensemble, à savoir la rédaction, chacun de son côté, d’une nouvelle basée sur un thème commun.

« Je m’attendais à avoir des informations sur le métier d’auteur, mais elle m’a donné tellement plus que prévu. Elle m’a dit qu’elle a vu que j’avais un style défini, et c’est ce qui est le plus important pour moi dans le métier d’écrivain : développer son propre style. » – William

Pour Florence, ces rencontres confirment qu’il est dans la bonne voie. Elle le soutient dans son écriture, fait des corrections au besoin et, surtout, lui montre qu’il n’est pas seul. Et quoi de plus glorifiant que de voir son talent appuyé par une experte en la matière ? Les agréables retours que William a eu sur ses écrits lui ont permis de valider sa démarche, ce l’encourage à persévérer.

« Il faut insuffler au maximum la passion qu’on a et la transmettre à autrui. On m’a beaucoup aidé, et j’essaye, dans la moindre mesure et à ma façon, d’aider à mon tour. » – Florence

William a regagné confiance en lui, également en ce qui concerne la suite de ses études. Hésitant entre un DEP ou un parcours au cégep, les mots de Florence l’ont aidé à se tracer un cheminement scolaire en phase avec son talent d’écrivain. « Elle m’a dit qu’au cégep j’avais ma place en Arts et Lettres. Elle a également pris rendez-vous avec son éditrice. Ça booste ma confiance parce que je me dis qu’elle ne présenterait pas n’importe qui à son éditrice ! Ça la décrédibiliserait. »

C’est grâce à la suggestion de Sylvie Lacombe, psychoéducatrice à l’école Marie-Anne, que William a été proposé au programme Passeur de rêves pour un éventuel jumelage. Elle a décelé chez lui un potentiel qu’il aurait été bien dommage de gâcher. Après quelques rencontres entre l’élève et sa mentore, elle voit maintenant un jeune conscient de son talent et dont la confiance se reflète dans son parcours. « J’ai pu voir un élève qui s’est raccroché à l’école. Pour lui, ce jumelage était tellement une belle chance à saisir qu’il a réussi ses cours. » Elle ajoute : « Passeurs de rêves a littéralement changé sa vie ! Je trouve que le projet permet à des jeunes de vivre une expérience hors du commun, de se sentir valorisés et privilégiés. Moi ça me donne une corde de plus à mon arc pour renforcer leur motivation. »


– Samuel… sois raisonnable… Tu sais très bien pourquoi nous faisons cette thérapie. Nous la faisons pour mettre fin à tes angoisses.

– C’est pas des angoisses, soupirai-je, exaspéré de cette thérapie qui avait déjà trop duré.

Je le savais, étant majeur, j’aurai pu mettre fin à cette thérapie inutile, mais ma mère tenait éperdument à ce que je la continue. (Et, considérant que j’ai tué sa fille, sa mère et son mari, je crois que je lui dois bien cela…)

Extrait de la nouvelle Pensées intrusives de William Pérusse

 

 


À propos de Florence Meney
Le clavier fait partie intégrante de la vie de Florence Meney, journaliste, essayiste, romancière et nouvelliste, pour qui écrire est un besoin vital. Auteure de plusieurs romans policiers, dont L’encre mauve, et d’un recueil de nouvelles noires, La mort est ma maison, elle a aussi participé aux collectifs de nouvelles On tue la une, Crimes à la librairie, Crimes au musée et Comme chiens et chats. Son plus récent titre, Sur ta tombe, est un roman noir dans lequel elle déploie brillamment ses talents d’observatrice de la nature humaine. Elle est aujourd’hui cadre conseil et relations médias au CHU Sainte-Justine.

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