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Article 27 Publié le : 31 mai 2010

Un outil de démocratie culturelle en Communauté française de Belgique

Eva Quintas – Mai 2010

Né à Bruxelles en 1999, le projet Article 27 prend pour nom et référence le 27e article de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.» Aujourd’hui, l’organisme se donne pour mission de faciliter l’accès à toute forme de culture dans un but d’émancipation des personnes vivant une situation de pauvreté.

Note: Directrice de projets, l’auteure a effectué en mai 2010 une mission de prospection et de coopération en Communauté française de Belgique, réalisée avec le soutien du ministère des Relations internationales du Québec.


 La culture à moins de deux dollars

À la fin des années 1990, Isabelle Paternotte, comédienne bruxelloise, et Roland Mahauden, directeur du Théâtre de Poche, posent un même constat sur le déclin de la fréquentation des salles. De prime abord, ils identifient les conditions financières des personnes comme obstacle à la participation aux spectacles. Ensemble, ils imaginent alors un système pour faciliter l’accès aux manifestations culturelles aux plus démunis économiquement.

Leur proposition se base sur la création d’un réseau d’alliances entre les diffuseurs culturels et les structures sociales pour que les bénéficiaires de ces dernières, notamment ceux de l’aide sociale, puissent aller au spectacle à peu de frais. Leur première action aura été de garantir la réduction du prix d’achat des places via la création d’un ticket modérateur à 1,25€, 50 francs belges de l’époque, ce qui correspondait au prix du pain (l’équivalent d’un peu moins de 2$) Les partenaires culturels sont invités à ouvrir leur programmation aux utilisateurs des tickets Article 27 sans restriction d’horaire ou de programmation, tandis que les partenaires sociaux s’engagent à distribuer les tickets et les programmes Article 27, tout en informant et sensibilisant leurs publics. Le diffuseur reçoit, pour chaque place vendue, les 1,25€ de l’utilisateur et un montant supplémentaire de 5€ venant des subventions publiques d’Article 27.

Parallèlement à la diffusion des tickets, Article 27 développe graduellement une large campagne de sensibilisation et une série d’actions adaptées pour favoriser l’accompagnement des publics et la rencontre entre les milieux sociaux et culturels.

L’action de l’organisme se déploie maintenant sous trois axes: l’accompagnement vers la diffusion culturelle, l’accompagnement vers une réflexion critique et l’accompagnement global à la culture. Ce travail se concrétise par une vaste offre de services et d’outils pédagogiques (ateliers de discussion et de création, guides d’initiation aux arts contemporains, sorties collectives, répertoire des acteurs associatifs et culturels, etc.) à l’intention tantôt des publics, tantôt des travailleurs sociaux ou culturels.

Pour Laurence Adam, directrice de la section bruxelloise d’Article 27, et ancienne attachée de presse au Théâtre de Poche, l’essence du projet est de «restituer l’accès à l’offre culturelle en donnant du pouvoir aux usagers. Tout le travail de médiation entourant la distribution de billets à prix réduit vise l’émancipation des personnes à travers la participation culturelle.»

Mme Adam explique le cheminement du projet au cours de cette dernière décennie. «L’enjeu premier aura été de mettre les structures sociales dans le coup, surtout les Centres publics d’action sociale (CPAS) qui relèvent de l’État. Il a fallu lutter contre les a priori des secteurs sociaux, dont certains persistent dans une vision plutôt étroite de la culture, et regarder les possibles au-delà des freins comme les horaires. Il a fallu activer les liens avec les travailleurs sociaux et faire que le projet culturel soit porté au cœur des associations.»

L’engagement des partenaires

article27_afficheLe succès du projet dépend fortement de l’engagement des travailleurs sociaux actifs dans les associations, puisqu’ils sont les relais de premier plan, eux-mêmes pas toujours sensibles à la dimension culturelle, ou bien quelquefois isolés au sein de leurs structures. Article 27 mise sur un travail de formation à la mobilisation des publics et offre divers types d’ateliers, de journées de réflexion et d’accompagnement à la pièce. À Bruxelles, l’organisme travaille avec un réseau de 145 partenaires sociaux: CPAS, maisons d’accueil, centres de santé mentale, centres d’alphabétisation, maisons de quartier, services d’insertion professionnelle, etc. Au cours de la dernière année, près de 180 rencontres ont eu lieu avec ces associations et 90 autres avec les publics.

Le même travail de sensibilisation se déploie auprès des partenaires culturels qui sont aussi au nombre de 140 à Bruxelles, dans les secteurs des arts de la scène, de la musique, du cinéma, des arts visuels et du patrimoine. «Les utilisateurs des tickets Article 27 doivent être considérés comme des publics normaux ou réguliers, nous précise Mme Adam.

La logique de la consommation culturelle doit s’appliquer à tous. Ainsi, nous demandons aux diffuseurs de ne pas faire de quotas pour nos usagers. Les partenaires culturels s’engagent à offrir toutes leurs places au tarif réduit et sans restriction d’horaire.»

La plupart des partenaires culturels disposent d’outils pédagogiques et proposent des rencontres, des animations ou des visites afin de démystifier les lieux culturels et de préparer la venue aux spectacles. Article 27 a même offert des activités de sensibilisation aux publics pour le personnel des billetteries des institutions. La panoplie des outils développés par Article 27 est pour le moins impressionnante et constitue une forte caractéristique de l’organisme.

Parmi certains producteurs culturels rencontrés, Gaspar Leclère, directeur adjoint de la troupe de théâtre Les Baladins du miroir, mentionne que «le système fonctionne car il reste peu connu et peu répandu. Que deviendraient les artistes si le public n’était constitué que d’articles 27?» Voici probablement matière à débat…

Article 27, quel impact?

Entre 2002 et 2005, l’organisme a réalisé une enquête «Article 27, quel impact?», afin de dresser un bilan de son action au niveau de ses trois partenaires. Le besoin d’évaluation est né d’un certain malaise des travailleurs d’Article 27, bruxellois et wallons, tant l’écart entre l’objectif de départ du projet et la réalité du terrain était parfois grand. L’enquête, qui repose sur les témoignages de 57 partenaires (15 acteurs culturels, 14 travailleurs sociaux et 28 utilisateurs), a permis de confirmer certains postulats.

Le premier concerne la diversité de profil des personnes issues de la pauvreté; les usagers d’Article 27 n’étant pas uniquement issus du «quart-monde belge», exclu depuis des générations de l’espace culturel, mais également de personnes d’origines et de milieux socioculturels très différents. L’enquête confirme aussi qu’Article 27 représente bien un outil pour les structures sociales et contribue à la poursuite de leurs objectifs généraux, que ce soit en termes d’autonomie, de socialisation, d’intégration ou encore de valorisation des personnes.

«La culture a aujourd’hui investi le champ social, conclut Mme Adam. Il y a eu au cours de cette décennie une prise de conscience pour que la culture soit considérée comme fondamentale dans le travail social. Il y a des signes réels qui montrent que l’art a toute sa place pour toute personne… mais il reste beaucoup de travail de sensibilisation à faire!»

Au simple niveau quantitatif, les résultats impressionnent: 37 000 tickets utilisés au cours de la dernière année, 1 200 sorties organisées par les travailleurs sociaux, 119 associations en attente, et ce pour la seule région de Bruxelles. Article 27 se décline en effet en 14 cellules réparties sur l’ensemble de la Wallonie, chacune ayant son propre fonctionnement et tissant des liens de proximité avec les partenaires culturels et sociaux de sa région.

Article 27 se colore ainsi des spécificités régionales tout en conservant les mêmes finalités.

Marie Poncin, coordonnatrice du réseau Culture et Démocratie, rappelle à cet effet que «la Communauté française est un terreau fertile qui a vu naître de nombreuses initiatives réunissant les champs culturel et social, telles les compagnies de théâtre action, les centres d’expression et de créativité, les actions de certains services éducatifs d’institutions culturelles, etc.» Parmi elles, Laurence Adam nous rappelle que 770 sont aujourd’hui partenaires d’Article 27 en Wallonie.

Lien :
article27.be

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