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Médiation culturelle

Arts communautaires et société en Grande-Bretagne – Une visite guidée avec François Matarasso Publié le : 1 décembre 2007

 Richard Nicol – Décembre 2007

Notre collaborateur a participé au colloque de Valenciennes, capitale régionale de la culture 2007 en novembre dernier. Il y a rencontré le chercheur britannique François Matarasso qui présente un portrait de la médiation culturelle en Grande-Bretagne.


Notre collaborateur a participé au colloque de Valenciennes, capitale régionale française de la culture, en novembre 2007. Il a écouté et rencontré François Matarasso. Il a, par la suite, communiqué avec lui pour présenter aux lecteurs du bulletin un portrait de la médiation culturelle en Grande-Bretagne. Il convient, en fait, de parler d’arts communautaires car, malgré son évidente habilité en français, il ne connaissait pas l’expression médiation culturelle.

François Matarasso est essayiste, consultant et chercheur indépendant. Après 14 ans de pratiques artistiques et de management dans le champ des arts communautaires, il se consacre à l’appui de projets culturels et à la recherche sur l’impact des arts. Il a œuvré en Europe, en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Ses travaux sont largement connus et diffusés.

La tradition britannique

Les arts communautaires britanniques prennent racine dans une longue tradition d’investissement coopératif dans la culture comme bien public. La notion de bien public et les responsables de sa définition ont changé au cours des dernières décennies mais il y a une continuité dans l’idée que la culture devrait avoir un tel objectif public. Au 19e siècle, les autorités municipales et les citoyens fortunés ont payé pour développer les musées, les galeries d’art et les bibliothèques dans le but d’améliorer les conditions de vie dans la société industrielle naissante.

Ce que l’on a appelé les arts communautaires, dans les années 1970 et 1980, correspond généralement aux pratiques artistiques incluant la participation des citoyens et qui sont subventionnées par les conseils des arts, les gouvernements locaux et quelques autres composantes du secteur public. Il s’agit d’un espace particulier de pratique qui possède ses propres valeurs, ses propres idées et qui a souvent des atomes crochus avec le secteur amateur.

Les valeurs

Quelquefois, les arts communautaires sont accusés, par ceux qui préféreraient que les fonds publics soient consacrés à d’autres formes de travail artistique, de ne pas être de qualité et de se concentrer sur le processus créatif au détriment de l’œuvre.

Il y a certainement du travail et des œuvres médiocres réalisés dans le champ des arts communautaires, tout comme il y a des pièces de théâtre, des expositions ou des concerts de moins bonne qualité dans la pratique professionnelle. Dans ce domaine, comme dans les autres, lorsqu’une production est défaillante, c’est l’aboutissement de toutes sortes de déficiences. Souvent de bonnes raisons les expliquent.

Le succès des pratiques artistiques ne peut jamais être acquis mais les artistes reconnus en arts communautaires visent eux aussi un haut standard et savent que les réussites ne résultent pas d’une qualité artistique douteuse ou d’un processus créatif relâché. La qualité du travail dans les arts communautaires est multidimensionnelle et s’appuie sur la valeur de l’exécution, de l’expérience, des impacts sur les communautés participantes et des caractéristiques artistiques du projet réalisé. Les meilleurs projets d’arts communautaires développent un haut niveau de qualité dans le processus de participation pour atteindre un haut niveau de qualité artistique.

Les principes d’intervention

Selon Matarasso, il y a des principes de base qui peuvent guider le travail dans le champ des arts communautaires. Ils ont été formulés dans le cadre de la révision, par le gouvernement britannique, de sa politique sur le rôle des arts et du sport dans la lutte contre l’exclusion sociale et professionnelle. Ils ont été publiés en 1999 dans le Policy Action Team 10 Report. Brièvement, ce sont:

  • la valorisation de la diversité;
  • le contrôle local du projet;
  • l’appui de la communauté;
  • des partenariats équitables;
  • des objectifs communs basés sur des besoins réels;
  • un travail flexible qui s’adapte constamment;
  • une vision établie sur la durée;
  • la poursuite de la qualité dans tous les aspects de l’expérience;
  • l’ancrage dans les courants populaires pour ouvrir des liens avec l’ensemble de la société.

Cette liste ou approche n’est pas restrictive ni obligatoire. Elle procure un outil de réflexion de base axé sur l’expérience des succès précédents. En planifiant un projet ou un programme de travail, dans des situations particulières, il est sans doute utile de les considérer ainsi que leur valeur. Un ou plusieurs d’entre eux peuvent s’avérer inappropriés, mais les initiatives en arts communautaires qui vont complètement à l’encontre de ces principes n’atteindront pas des résultats probants.

Démocratiser la culture?

Pour François Matarasso, «si l’on parle de démocratiser la culture, cela présume que certaines personnes sont « sans culture », chose qui me paraît foncièrement sotte», dit-il. «Chacun a une culture, des goûts et des valeurs: ce que la politique de démocratisation cherche réellement c’est l’inculcation de certaines valeurs culturelles», poursuit-il. Selon lui, l’on ferait peut-être mieux de chercher la démocratisation de la politique et des ressources culturelles – mais ça c’est un tout autre propos. Le chercheur estime que certaines politiques reposent sur une vision simpliste de ces questions sans s’apercevoir «de la grande complexité des personnes, des groupes, des sociétés, des valeurs – enfin de la culture par qui tout ceci s’exprime», mentionne-t-il en avant-propos de notre conversation.

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