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Médiation culturelle

Et si le futur rimait avec culture à la CSDM? Publié le : 13 août 2015

Texte : Hélène Hayot

Intégrer la culture dans le milieu scolaire concerne tout autant le personnel des commissions scolaires que les élèves et leurs familles. Au cours des dernières années, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a mis sur pied une diversité d’activités à leur intention, faisant de la culture un outil de socialisation, d’intégration et de mobilisation, une initiative salutaire, selon l’auteure Hélène Hayot, conseillère en gestion de personnel à la CSDM.


En 2011-2012, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a retenu pour thème de son prix d’excellence La culture au cœur de l’école publique! Signe des temps? Étaient considérés autant les projets destinés aux élèves, jeunes ou adultes, que ceux des services administratifs.

Sur la centaine de projets présentés, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) en avait environ une vingtaine, ce qui témoigne de l’intérêt pour la question. Cependant, s’il apparaît normal d’associer la culture à la formation des élèves, il est encore difficile de l’intégrer spontanément à la gestion du personnel. La récente Politique culturelle et linguistique de l’institution, qui remonte à 2009, réserve pourtant une attention particulière à ce dernier objectif, en plus de considérer également les familles des élèves. Les nombreuses initiatives dans ce domaine ont souvent été saluées avec enthousiasme par le personnel. Elles risquent d’être de plus en plus nécessaires en ces temps où le changement organisationnel fragilise les personnes, et où l’intégration au milieu est une condition de survie professionnelle et organisationnelle. Cette question est d’importance, et encore plus pour les nombreux immigrants de Montréal, dans un contexte où rôde le spectre d’une pénurie de main-d’œuvre.

«C’était ma première fois à la Place des Arts!»

03csdm_rythmesafriquejpgÀ la suite du concert Noël comme au bon vieux temps, offert à quelque 800 personnes à l’auditorium Le Plateau, une conseillère pédagogique avouait avoir souvent entendu parler de ces veillées d’antan par sa mère mais sans jamais les avoir vécues. Une immigrante d’origine chinoise commenta pour sa part qu’elle amènerait ses enfants à ce genre de spectacle «pour savoir comment ça se passait avant au Québec». À une autre occasion, lors d’un concert sous la baguette du chef Nézet-Séguin, une jeune secrétaire ayant comme 400 autres personnes obtenu un billet pour y assister, confia qu’il s’agissait pour elle d’une nouvelle expérience: «C’était ma première fois à la Place des Arts!»

Les activités proposées couvraient plusieurs champs disciplinaires, aussi bien les arts visuels, le cinéma, le théâtre, la musique ou la littérature. En voici quelques unes: En classe au Louvre… à l’école FACE!, avec Manon Potvin, chef de service d’origine québécoise à la Direction de la production culturelle du Louvre, à Paris; Invitation à une exposition d’art contemporain pendant les FrancoFolies; Montréal, 31 fragments d’urbanité à l’Office national du film; Histoires de légendes; Chantefable de L’Illusion, théâtre de marionnettes; et Visite à la Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie. Toutes ont donné lieu à des commentaires touchants qui soulignent l’importance de se retrouver comme être humain et non seulement comme employé.

La culture, un formidable outil d’intégration

02csdm_samuelchamplainValoriser l’identité culturelle québécoise tout en mettant de l’avant son caractère inclusif, voilà l’équilibre visé par ces activités pour renforcer l’ancrage identitaire susceptible de former un ciment social, autant à la CSDM qu’à Montréal ou au Québec. Si Les aventures de Samuel de Champlain ont diverti tout en plongeant l’auditoire de jeunes et de moins jeunes dans l’histoire de la Nouvelle‑France, un spectacle comme Rythmes d’Afrique au cœur du Québec écrivait au contraire une page du Montréal de demain, par le métissage des instruments de musique d’ici et d’ailleurs.

L’art pour accéder au sensible

En proposant aussi des activités à l’heure du midi, autour de quelques bouchées et d’échanges conviviaux, le Service des ressources humaines de la CSDM avait pour objectif de favoriser, par un choc cognitif et émotif, un climat de travail exempt de conflit en invitant le personnel à retrouver l’idée du sens commun et à relativiser l’importance des petits soucis de la vie face à des problèmes d’une autre envergure.

Par exemple, lors d’un Ciné-midi échanges, le film documentaire L’Imam et le Pasteur, présenté en 2007 aux Nations Unies, racontait la réconciliation d’un imam et d’un pasteur au Nigéria qui, après avoir été leaders de milices opposées, ont uni leurs efforts pour bâtir la paix entre leurs communautés. Une autre problématique était soulevée avec Un midi au Théâtre Aphasique et la pièce Le facteur temps, jouée entièrement par des comédiens aphasiques, qui a secoué l’auditoire et provoqué une prise de conscience sur l’importance de l’intégration de la diversité sous diverses formes. Quelle émotion ce fut de voir réunies à cette activité, dans la salle, une cadre retraitée de l’institution, maintenant aphasique mais dont les écrits avaient fait école, et, sur scène, une enseignante également retraitée qui confiait avoir dû réapprendre à écrire à la suite de son accident vasculaire cérébral (AVC)…

Tout le monde au Midi Culture !

Le modeste feuillet promotionnel de Midi Culture annonce tout simplement ceci: «Pour sortir du cadre, s’aérer l’esprit, découvrir que notre voisine de bureau, notre patron ou ce chouette collègue a des talents artistiques insoupçonnés ou des intérêts littéraires proches des nôtres.» Cette activité toute simple d’une quinzaine de minutes se déroule à l’heure du midi et réunit, dans le magnifique hall du 5e étage de l’édifice de la CSDM – dont les trois marches constituent une estrade –, tout membre du personnel, quelle que soit sa fonction, désirant faire une présentation culturelle ou y assister librement.

Musique, théâtre, arts visuels, littérature, danse, dégustation de thé… La palette n’a de limite que celle de l’imagination. C’est ainsi qu’au cours des dernières années, on a pu découvrir le talent d’un concierge dont la poésie était lue par le directeur général, lui-même auteur de poèmes récités par le même concierge! Ou les dessins, peintures et sculptures d’un peintre en bâtiment de son métier à la CSDM, dont les œuvres ont aussi été exposées à New York et à Paris!

La culture en milieu de travail… une culture organisationnelle à soutenir

Si ces petites expériences ont été saluées positivement, elles demeurent marginales et risquent de disparaître en l’absence de volonté affirmée de la part des dirigeants, malgré leur potentiel énorme pour «réenchanter» le milieu du travail, surtout quand le stress non avoué des changements organisationnels peut faire de coûteux dégâts, dans tous les sens du terme.

Cependant, si l’on met en relation certaines études, on constate que la CSDM aurait intérêt à y voir de près, elle qui lutte à la fois contre l’absentéisme du personnel et les déficits qu’il entraîne et contre l’échec et le décrochage scolaires des élèves, souvent en milieu défavorisé.

Par exemple, l’Institute for Management of Innovation and Technology (MIT) de Göteborg qui a réalisé une étude dans une centaine d’entreprises de cette région suédoise, conclut qu’entre 2005 et 2008, les programmes d’interventions artistiques menés par l’organisme TILLT ont accru la productivité, réduit les absences pour cause de maladie, stimulé la créativité et l’innovation au travail de 17 %, réduit les niveaux de conflit de 12 % et amélioré le climat de travail de 25%. L’étude, relevée par Culture pour tous dans son portail de La culture en entreprise, souligne aussi que ces programmes ont décuplé la marque d’employeur, un outil moins connu qui mesure la perception à l’égard d’une entreprise.

Et dans une étude de la firme de recherche canadienne Hill Strategies citée par Le Devoir du jeudi 18 octobre 2012, il est démontré que «l’éducation aux arts chez les jeunes améliore non seulement les résultats scolaires des élèves plus défavorisés mais augmente leurs chances de réussite professionnelle une fois adultes et en fait des citoyens plus engagés dans leur communauté.»

Pour toutes ces raisons, conjuguer le futur de la CSDM avec la promotion de la culture auprès du personnel constitue une piste d’avenir à considérer sérieusement…

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