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Médiation culturelle

Interdisciplinarité et technologie numérique Publié le : 24 janvier 2014

Maison des arts de Laval – 24 janvier 2014

Compte rendu de la journée professionnelle organisée par l’ancien GIS en éducation et animation de la Société des musées du Québec La médiation culturelle: interdisciplinarité et technologie numérique.


maison des arts 1Organisée par la Société des musées du Québec et la Maison des arts de Laval, la journée de réflexion a réuni quatre-vingts personnes provenant d’institutions et d’organismes au service de la culture. L’événement fait suite à une année et demie d’échanges au sein du Groupe d’intérêt spécialisé des professionnels en éducation et en action culturelle de la Société des musées du Québec. La rencontre s’est articulée en quatre temps: une discussion menée par deux expertes sur la définition et les enjeux de la médiation; la visite de l’exposition Et si les robots mangeaient des pommes?; deux ateliers visant à analyser les stratégies de médiation mises en place dans l’exposition visitée; une séance plénière qui fait office de conclusion de la journée.

Causerie avec les expertes

La journée a commencé par une causerie animée par Dominique Trudeau (Chef, Action éducative, Musée McCord), Christelle Renoux (Responsable des publics et de la médiation culturelle, Musée des Laurentides) et Jasmine Colizza (Muséologue-responsable, salle Alfred-Pellan, Maison des arts de Laval). La discussion avait pour but de proposer selon le point de vue de deux expertes, Maryse Paquin (Professeure, UQTR, Groupe de recherche sur la Médiation) et Sylvie Lacerte (commissaire et chercheuse indépendante) plusieurs définitions de la médiation culturelle et d’esquisser les enjeux qui la sous tendent.

Visite de l’exposition Et si les robots mangeaient des pommes?

Présentée à la salle Alfred-Pellan, Et si les robots mangeaient des pommes? est une exposition collective d’art actuel signée par Arianne De Blois qui regroupe 10 œuvres sur le thème des robots. La muséographie propose aux visiteurs de réfléchir à la condition humaine dans une perspective technologique ainsi qu’aux frontières de plus en plus floues qui séparent l’homme et la machine. La visite de l’exposition et, plus particulièrement, deux stratégies de médiation proposées sur le parcours ont servi de point de départ à l’exploration de la notion d’interdisciplinarité et de l’usage du numérique en contexte de médiation.

Ateliers

maison des arts 2Après avoir visité l’exposition, les participants se sont séparés en petits groupes afin de travailler simultanément à l’évaluation du premier outil de médiation, présenté occasionnellement: une performance intitulée 360 degrés et réalisée par George Stamos (Parcours Danse). Le danseur dont le visage est camouflé, est installé sur une plate-forme à partir de laquelle, il exécute un mouvement rotatif en continu. Sa prestation, sur le parcours de l’exposition, sème le doute parmi les visiteurs qui ne savent plus s’ils font face à un automate, un robot, ou à un humain. Comme toutes les autres œuvres, la performance est inscrite physiquement dans l’espace grâce à un cartel permanent. Les concepteurs souhaitaient ainsi faire découvrir les œuvres différemment et faire réfléchir, en miroir de l’exposition, aux limites entre ce qui relève de l’humanité et de la technologie. Au fil de la discussion, guidée par une grille d’évaluation, plusieurs points forts ont été évoqués: d’abord, le fait que la performance constituait une provocation bénéfique dans le parcours d’exposition puisqu’elle permettait aux visiteurs de se questionner; ensuite, que la prestation de George Stamos constituait un bon moyen d’initier le public à ce type d’expérience artistique; enfin que la performance révélait un autre niveau d’analyse, en proposant une dimension ironique de la relation personne-machine. Parmi les points faibles est ressortie la question de la visibilité, cela, en raison du peu d’indications données aux visiteurs pour saisir les liens entre la performance et le contenu de l’exposition.

Le second atelier, en après-midi, est dédié à l’autre stratégie de médiation privilégiée par les concepteurs, l’emploi du téléphone cellulaire en vue d’obtenir des compléments d’information sur les œuvres. En effet, sur chaque cartel, un numéro donnait accès à un répondeur livrant des explications sur chaque sculpture ou installation. Le choix du téléphone s’expliquait par l’idée d’entrer en contact avec les œuvres par le biais d’une machine, de faire réfléchir les visiteurs à propos de la dépendance aux technologies et de faciliter la découverte, puisqu’il était possible d’écouter et de regarder à la fois. Encore une fois, cette stratégie se voulait une autre façon d’alimenter une discussion sur les limites entre l’homme et la machine. Si le côté ludique a semblé intéressant pour plusieurs des participants, l’utilisation du cellulaire a été largement critiqué, et ce pour plusieurs raisons: le coût des appels, le fait que tous les visiteurs ne possèdent pas de téléphone et le manque d’interactivité, malgré l’usage d’une technologie de communication.

Plénière et conclusion de la journée

La journée s’est terminée par une mise en commun des ateliers. Plusieurs pistes de réflexion ont permis de lancer la discussion. Concernant la performance, une question fondamentale a été posée à plusieurs reprises: une œuvre intégrée dans une exposition peut-elle être considérée comme une stratégie/un outil de médiation? Si oui, que faudrait-il pour que l’œuvre soit efficace dans sa fonction médiatrice? À propos de l’usage des technologies, les questions se sont orientées vers les conditions d’utilisation et leurs limites en contexte muséal. Les outils technologiques sont-ils toujours nécessaires et comment s’assurer de leur adéquation avec les objectifs de la médiation?

Les échanges ont plus largement permis de souligner les efforts que les institutions déploient pour s’inscrire dans une démarche de médiation numérique et à revers, les difficultés auxquelles elles font face. Si les réponses apportées lors de la discussion n’ont pas fait consensus, elles ont tout de même favorisé l’émergence d’une réflexion qu’il est essentiel de développer à la lumière des diverses propositions faites dans le milieu muséal québécois. En effet, au-delà de l’attraction pour le numérique et pour ses promesses, les concepteurs se doivent, avant de s’engager sur le terrain, d’être plus particulièrement vigilants aux contributions de la technologie à l’expérience du visiteur, au renouvellement des rapports au savoir et à l’art ainsi qu’à la cohérence des dispositifs, entre les destinataires de la médiation, le choix des messages et les outils à utiliser. Si le numérique fait aujourd’hui partie du vocabulaire quotidien de la culture, il ne faut pas pour autant oublier sa courte vie au cœur des institutions et ainsi les progrès qu’il reste à accomplir pour offrir au public des outils de médiation matures et riches de possibilités.

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