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Médiation culturelle

La démocratisation culturelle – Une médiation à bout de souffle Publié le : 15 avril 2007

Richard Nicol – Avril 2007

Cet ouvrage fondamental de Jean Caune démontre que le modèle de démocratisation culturelle français est en panne.


Couverture_La-Democratisation-culturelle_largeLe modèle de démocratisation culturelle français est en panne.

Professeur émérite à l’université de Grenoble, Jean Caune n’est pas le premier venu. Il a publié, il y moins d’un an, un livre majeur qui analyse un aspect fondamental de la politique culturelle française depuis la création du ministère de la Culture en 1959: «La démocratisation culturelle. Une médiation à bout de souffle». Les discours prononcés lors de la cérémonie de réouverture de la maison de la culture de Grenoble, en septembre 2004, rénovée après 30 ans d’activités, en témoignent éloquemment: «…comme si le temps s’était arrêté depuis l’inauguration de la maison par Malraux en 1968.»

Un contenu dense

Il est hasardeux de tenter une synthèse de l’ouvrage de Jean Caune tellement son contenu est dense. Pourtant, «le livre a connu un écho limité auprès des acteurs artistiques de l’institution», dit-il. Et dans les milieux socioculturels, particulièrement sinistrés selon lui, «les difficultés de positionnement et d’action l’emportent.» On aurait pu penser que l’élection présidentielle en France était une belle occasion de s’intéresser plus encore à la culture. Il semble que non. «Les questions de politique culturelle sont, au mieux, des ornements de la campagne électorale française», écrit Bruno TACKELS de la revue française Mouvement. Ainsi, «les réactions positives à mon livre sont venues des revues comme Cassandre Hors-champ qui est très engagée dans une autre approche de l’action artistique», mentionne-t-il.

Une orientation évolutive pendant plus de 40 ans

Au moment où la question de la médiation culturelle intéresse de plus en plus les milieux culturels québécois, la réflexion en profondeur de Jean Caune arrive à point. Dans un commentaire récent destiné à être publié dans le journal Le Monde, il écrit: «Depuis plus de quarante ans, les politiques culturelles, qu’elles soient conduites par l’État ou par les collectivités territoriales, se sont développées à partir d’un objectif de démocratisation culturelle qui s’énonce indépendamment de la réalité sociale et politique. Le processus de démocratisation est conçu comme l’extension des publics aux plans sociologique et géographique. Malgré des effets positifs, en particulier sur ce dernier plan, la démocratisation culturelle est restée enfermée dans une vision étroite de l’art; dans une critique élitaire et économiste des industries culturelles et enfin dans l’oubli des conditions sociales et politiques de réception de l’art.» Tout un programme pour qui tentera de renouveler ce processus dynamique, artistique ou esthétique.

La fin d’une histoire de l’art

Pour Jean Caune, «la diffusion de l’œuvre est conçue dans un espace clos de l’art; celui qui s’inscrit dans une tradition pour la transmettre, la prolonger ou la ressusciter. Cette histoire de l’art est finie. Cette conception a eu pour effet premier de borner les politiques culturelles à l’intérieur des formes déjà reconnues par les institutions et dont l’usage marque une distinction sociale.» Jean Caune estime, en effet, que ces politiques ne se sont que très rarement préoccupées d’intervenir sur les conditions d’appropriation des phénomènes artistiques par ceux qui étaient visés par l’action culturelle. Selon lui, «il faut poser autrement la question de la démocratisation de la culture. Celle-ci ne relève pas du seul processus de diffusion artistique, et son avènement ne peut advenir par le seul processus de l’extension de l’offre à des publics potentiels.» Il soutient que la démocratisation culturelle doit être examinée dans son rapport avec les stratifications sociales. Fortement hiérarchisées, ces dernières s’accompagnent d’une polarisation des conduites esthétiques: élitistes dans les classes dominantes; sous-développées dans les couches sociales vouées au travail répétitif ou condamnées au travail précaire.

Le modèle français est en panne

L’intention de démocratiser l’art reconnu comme tel n’a pas réussi. «L’essoufflement de la démocratisation culturelle fait renaître dans les discours d’inauguration des équipements culturels l’illusion que l’accès à la culture passe d’abord par la fréquentation d’équipements culturels dont le rayonnement et le prestige iront par cercles concentriques toucher les individus qui ne sont pas encore sensibles aux charmes de la culture cultivée», écrit-il. Il faut maintenant passer, selon Jean Caune, de la problématique de l’avoir qui conçoit la démocratisation comme l’accès aux biens culturels à une problématique de l’être qui se préoccupe des conditions de construction de la personne. Car aujourd’hui, «la conquête des nouveaux publics et des nouveaux pratiquants des expressions artistiques ne passe plus par les grands équipements rassembleurs», constate-il.

Avoir plus mais surtout être plus

Si la révolution technologique fait peser une menace sur la stabilité de la haute culture, elle est également une chance, par les innovations qu’elle favorise, pour les pratiques du loisir orientées vers la construction de soi. Construction de soi, voilà bien l’objectif clé que propose Jean Caune aux acteurs actuels: «la médiation prioritaire n’est plus la création entre l’art et le public, catégorie indifférenciée, mais le rapport avec une population concrète… L’action culturelle doit permettre aux hommes non seulement d’avoir plus mais d’être plus», conclut-il. Il semble que l’on doive nommer cette démarche: démocratie culturelle, non?

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