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Médiation culturelle

La médiation culturelle dans les villes et régions du Québec Publié le : 15 janvier 2015

Texte et photos : Michel Lefebvre – Janvier 2015

En décembre 2014, des acteurs des milieux culturel, municipal et universitaire de différentes régions se sont réunis à la Maison de la culture de Longueuil pour discuter des enjeux liés à l’émergence de la médiation culturelle dans les villes et villages du Québec.


Comment soutenir le développement culturel régional ?

Culture pour tous organisait, les 3 et 4 décembre 2014, une première rencontre du réseau des Cellules régionales d’innovation en médiation culturelle (CRIMC). Depuis 2012, des pôles en médiation culturelle prennent forme dans différentes régions du Québec, stimulés par des ententes de développement et de partenariat entre diverses instances régionales et Culture pour tous. Une quarantaine de personnes ont pris part à cette rencontre, membres et observateurs des cellules régionales actives et de pôles émergents dans les régions suivantes : Côte-Nord, Lanaudière, Laurentides, Longueuil, Mauricie, Outaouais, Saguenay-Lac-Saint-Jean, et Vallée-du-Haut-Saint-Laurent.

Ces journées professionnelles visaient à poser les bases d’un réseau panquébécois en identifiant des enjeux communs et en pensant à la pérennité des cellules régionales dans un contexte de changement des politiques de développement des territoires. Ces questions ont été abordées de façon dynamique à travers des présentations, des discussions dirigées et des ateliers participatifs.

Nous vous invitons à lire la synthèse complète de la cette rencontre et à consulter les présentations des chercheurs invités en suivant ce lien.

En voici les faits saillants.


Les enjeux des politiques culturelles territoriales

Gérald Grandmont, conférencier invité, professeur associé à HEC et ancien sous-ministre adjoint à la culture, souligne qu’il est maintenant convenu, ici comme dans bon nombre de pays occidentaux, que la valorisation du soutien à l’offre culturelle ne parvient plus à élargir le bassin des publics. La participation culturelle se transforme sous l’influence de l’environnement numérique, les dépenses culturelles des ménages se déplacent et diminuent pour les produits culturels traditionnels par rapport aux dépenses consacrées aux loisirs. « Arrive-t-on à la fin d’un certain modèle économique de la culture ? » demande-t-il.

DSC01432-CGrandmontAlors que l’État s’interroge sur les priorités du financement public de la culture, les villes assument des responsabilités culturelles de plus en plus importantes et cherchent de nouvelles mesures pour stimuler l’investissement privé des citoyens, des entreprises et des fondations.

Les municipalités, intéressées par les enjeux de proximité, sont effectivement plus près que l’État des approches qui favorisent le développement et la mobilisation citoyenne. Le défi sera maintenant de construire une concertation active et forte par la recherche de partenariats croisés liant municipalités, institutions culturelles, scolaires, sociales et sociétés d’État. Le renouvellement du financement restant le nerf de la guerre, la diversification des sources publiques et privées pourrait passer par une forme de mutualisation de la philanthropie culturelle qui engagerait beaucoup plus les citoyens.

La question du déclin des publics impose à son tour une réflexion sur l’élargissement du champ d’intervention de la culture à travers d’autres secteurs d’activité et des actions de proximité, ajoute Fernand Harvey, professeur honoraire à l’INRS et autre conférencier invité. La pensée actuelle, poussée par plusieurs pays et instances internationales, lie la dimension culturelle au développement durable en l’inscrivant dans des enjeux collectifs tels l’inclusion sociale, l’éducation, le dialogue interculturel, l’économie solidaire et créative, etc. L‘Agenda 21 de la culture, cadre de référence adopté par le gouvernement du Québec en 2011, incarne cette vision renouvelée du développement culturel. La révision annoncée de la politique culturelle de 1992 devra tenir compte du nouvel environnement économique, social et technologique du XXIe siècle.

Quels moyens d’action sont nécessaires pour soutenir le développement culturel régional?

DSC01479-TablePrésentatricesLes participants conviennent qu’une politique culturelle et le plan d’action qui s’ensuit sont des leviers importants qui donnent une vision et des orientations ainsi que la possibilité d’adhérer à des ententes de développement culturel. Il est essentiel d’avoir une vision macro du développement culturel qui englobe les besoins des municipalités, des régions et de leurs citoyens. Il faut favoriser la concertation et le partage des responsabilités entre les divers intervenants sur le territoire. On miserait à augmenter les interactions avec de « grands » alliés locaux tels les directions d’écoles, les entreprises, les commerçants, etc., et à engager davantage les artistes dans les diverses sphères de la vie municipale (environnement, urbanisme, etc.). Il serait aussi souhaitable d’identifier un leader régional qui assure la concertation, la mobilisation et l’harmonisation des actions pour soutenir le développement culturel régional.

La médiation culturelle comme interface

En conclusion de ces deux journées, Gérald Grandmont note la richesse de la médiation culturelle pour sa diversité de modèles et son ouverture à d’autres champs sociaux. Les milieux culturels ont maintenant développé des façons concrètes de travailler avec les établissements – écoles, hôpitaux, etc. Le besoin des citoyens de participer est majeur, note-t-il, et la médiation culturelle est un levier important pour favoriser cette participation. Plus on placera la culture au cœur du développement, plus on la rendra indispensable.

DSC01547-FHarvey Fernand Harvey note également que la médiation culturelle est multiforme et en évolution. Un défi majeur sera d’intégrer la médiation culturelle dans le cadre de la révision de la politique culturelle du Québec. Il faut alors continuer à élargir le champ culturel et surtout préserver les modèles de concertation locale. À cet effet, il faudra être attentif à la future représentation régionale, voir quels seront les prochains interlocuteurs. La gouvernance locale en mouvance est un espace pour favoriser la concertation intersectorielle au cœur des villes. Il semble essentiel d’inscrire la culture au cœur des autres politiques, de travailler l’intersectorialité des politiques publiques et de continuer d’affirmer la centralité de la culture au cœur du développement durable en lien avec les autres secteurs.

En conclusion, M. Harvey souligne l’intérêt du champ de la médiation culturelle à la fois comme interface entre les créateurs et les publics, et entre les acteurs du milieu culturel et les autres du milieu régional. La médiation culturelle pourra jouer un rôle stratégique pour renouveler les politiques culturelles par la base, influencer la politique locale et inscrire la vitalité culturelle des villes et des régions dans une perspective de durabilité.

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