Culture pour tous Calendrier des évènements
Suivez-nous
  • Suivez-nous sur LinkedIn

English Version

Médiation culturelle

L’aire de l’humanité Publié le : 1 septembre 2008

Lynda Baril, septembre 2008

Des artistes ont organisé à Victoriaville des ateliers-rencontres avec une quarantaine d’immigrants et ils les ont invités à choisir un objet emblématique et hautement signifiant.


 

Dans un processus relationnel, les artistes ont mené trois rencontres avec quelque 40 participants immigrants de tous âges et de 12 nationalités différentes. Lors de ces ateliers de parole, les participants étaient invités à apporter un objet porteur de sens et à partager une parcelle de leur vie. Les récits ont été enregistrés en français et dans la langue d’origine de chacun des participants et ont servi de matériel de base pour la création d’une bande sonore mémoire. Cette dernière, réalisée par la vidéaste Rachel Germain en collaboration avec le poète-musicien David Leblanc, a servi de trame de fond lors du dévoilement de l’œuvre.

Par la suite, lors d’une cérémonie empreinte de respect, les employés de la ville, les artistes responsables et les immigrants participants ont déposé leur objet dans la fosse servant de fondation à l’œuvre, avant le coulage de béton.

C’est dans un espace à la fois ouvert et intime que l’œuvre prend place: en plein air, non loin du centre-ville, un trottoir de béton carré, avec une petite ouverture, ceint l’arbre symbolique qu’on y a planté, le ginkgo biloba. L’œuvre se dessine de manière às’intégrer à l’environnement. Elle offre plusieurs modes de lecture au visiteur, au promeneur; souvent, le plus important se dissimule dans ce qu’on ne voit jamais.

Pour témoigner du projet, remercier les participants, ainsi que laisser une trace dans certaines écoles et bibliothèques, une publication sera réalisée par les artistes responsables, en collaboration avec Solidarité Nord-Sud, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec, Culture pour tous et la Ville de Victoriaville. Le lancement aura lieu en mars 2009 lors d’un événement lié à la diversité des cultures à Victoriaville (le lieu et la date demeurent à déterminer).

Voici le récit éloquent partagé par Michèle Rappe lors du dévoilement de l’œuvre, le 25 septembre 2008.

De Liège (Belgique) à Victoriaville

«J’en ai vu des immigrants… ces générations de déracinés qui faisaient un pari sur l’avenir, cherchant un monde meilleur pour leur famille. Mon enfance a côtoyé celle d’Italiens ou de Polonais qui coloraient des quartiers entiers, sans doute pour compenser la noirceur des mines de charbon qui les avaient séduits. Puis, c’est l’univers maghrébin qui a attiré les regards, moins tendres souvent, et qui a tenté de se faire une place dans les villes. En 2000, c’est l’accent québécois qui a pris le relais… mais là, c’était moi, l’étrangère! J’avais quitté le sol natal pour une nouvelle aventure. Moi qui avais mis en boîte toute une vie, avec des choix douloureux à faire parfois.

Émigrer, c’est quitter un système de référence, de la marque de lait préférée à l’adresse du médecin de famille.

Immigrer, c’est tenter de découvrir les rouages d’un système social, de comprendre un réseau scolaire, de s’intégrer dans un système administratif…

Émigrer, c’est se promettre de garder le contact avec notre famille et nos amis et savoir que nous n’aurons plus la chaleur de leur bras ou la surprise d’une visite.

Immigrer, c’est choisir d’explorer une culture avec confiance en la bonté humaine et avec le désir de bâtir des liens riches.

Émigrer, c’est accepter que ce que l’on quitte va changer loin de notre regard et courir le risque de ne plus le reconnaître.

Immigrer, c’est apporter ce que l’on a de précieux et d’universel, notre cœur, et c’est décider de le transmettre, de l’échanger, de le faire découvrir…

Après huit ans, mes enfants disent encore parfois: «Ça sent comme en Belgique!»…

Impossible de la définir cette odeur mais nous, nous savons de quoi il s’agit… C’est tout ce qui ne se résume pas, ne se réduit pas à des mots… Ce n’est pas du regret, mais la trace de notre histoire.

Demain, dans un mois, dans dix ans, quand vous repasserez ici et que vous ferez découvrir ce lieu à vos amis ou à vos proches, peut-être seront-ils surpris, peut-être n’y verront-ils qu’un peu de béton autour d’un arbre. Alors, vous qui savez, vous les inviterez à aller au-delà des apparences, à regarder plus loin. Cette œuvre est une trace, mais c’est aussi l’invitation à regarder l’autre avec cœur, à ne pas se fier à la première impression. C’est aussi le rappel que tout changement implique des choix, des découvertes et des deuils, que l’on vienne du Honduras ou du village voisin.

C’est un grand honneur d’avoir participé à un tel projet.

Cette œuvre est un hommage que, pour ma part, je dédie à mes parents restés là-bas et dont j’ai sans doute brisé le rêve, et à mes deux enfants pour qui j’ai voulu en bâtir un.»


 

Bios

Lynda Baril vit à Saint-Étienne-des-Grès et est membre active du Grave à Victoriaville. Artiste multidisciplinaire, elle s’engage dans une série d’actions sociales et culturelles. Elle détient un baccalauréat de l’Université du Québec à Trois-Rivières et une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval à Québec. Elle participe à des événements spéciaux, résidences, symposiums, expositions au Québec, en Europe et au Mexique.

Laurent Luneau vit et travaille à Chesterville et est membre actif du Grave à Victoriaville. Avec une première formation de mathématicien, il obtient en 1992 un baccalauréat en arts visuels de l’UQTR, mais sa pratique artistique date du début des années 80. Il a exposé en solo dans une douzaine de centres au Québec et au Mexique, a participé à une cinquantaine d’expositions collectives surtout au Québec, mais aussi au Mexique et en France, de même qu’à plusieurs événements de création au Québec et au Mexique.

Michèle Rappe vit et travaille à Victoriaville et est membre active du Grave à Victoriaville. D’origine belge, résidente permanente depuis août 2000, elle est diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège. Elle participe à des expositions et des évènements spéciaux au Québec et intègre sa création au processus de relation d’aide depuis plusieurs années.

Merci au centre d’artistes GRAVE.

Partager ce contenu
Share on Facebook0Tweet about this on TwitterEmail this to someone