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Médiation culturelle

Le campement : une odyssée sous la tente Publié le : 15 mai 2009

Installation participative sur le thème de la maladie mentale

Michel Lefebvre – Mai 2009

Les artistes torontois Thom Sokoloski et Jenny McCowan initient, en 2006, The Encampment, un vaste projet d’installation extérieure autour du thème de la santé mentale. Présentée une première fois à Toronto, puis à New York et Ottawa, l’installation comprend un ensemble de tentes aménagées avec la collaboration du public.


 

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Invités par l’édition torontoise de la Nuit Blanche, les artistes Thom Sokoloski et Jenny McCowan initient, en 2006, un vaste projet d’installation extérieure autour du thème de la santé mentale. The Encampment allait regrouper un ensemble de tentes aménagées avec la participation du public, chacune offrant aux visiteurs le témoignage poignant de récits, de situations, de faits divers liés au handicap intellectuel et à la vie des gens qui en sont affectés.

À l’origine, la commissaire Clara Hargittay avait approché Thom Sokoloski pour qu’il pense à un projet inspiré du patrimoine historique du quartier autour de Queen Street West, à Toronto. Or, en 1850, s’ouvrait dans ce quartier le premier hôpital psychiatrique de la ville et les artistes ont proposé d’explorer les histoires qui se rattachent à la réalité de ces gens exclus de la société pour cause de handicap intellectuel ou mental.

Ils se sont notamment inspirés d’un livre de Geoffrey Reaume, lui-même ex-patient de l’institut torontois, qui a publié en 2000 Remembrance of Patients Past: Patient Life at the Toronto Hospital for the Insane, 1870‑1940. En prenant connaissance des récits qu’il contient, les artistes ont ouvert la porte d’un monde qui leur était méconnu. La présence de cet institut psychiatrique avait historiquement favorisé la résidence, dans le quartier, de nombreuses familles concernées par la maladie mentale ou le handicap intellectuel de leurs proches. Cela a incité les artistes à creuser la mémoire collective tels des archéologues en quête d’artefacts.

Collaborateurs créatifs recherchés

Sous la bannière de Studio SM, qui produit leurs projets artistiques, Thom Sokoloski et Jenny McCwan ont alors entrepris de recruter des «collaborateurs créatifs» à qui ils ont proposé de s’inspirer d’un récit, d’une relation, d’un fait relatif à la maladie mentale pour en témoigner dans une tente à partir d’objets trouvés. Pendant deux semaines, ils ont tenu des ateliers avec des groupes de cinq, dix ou parfois même vingt personnes, un mélange d’artistes et de gens touchés par la problématique.

Après plusieurs rencontres, tous ces «collaborateurs créatifs» ont convergé avec leur boîte d’artefacts et d’objets trouvés afin de réaliser leur installation dans l’une des soixante-huit tentes érigées dans le parc Trinity‑Bellwoods. Ce nombre réfère à la Loi 68, en Ontario, qui balise le traitement médical et législatif des personnes ayant des problèmes de santé mentale. À l’image d’un campement militaire, les tentes sont soigneusement alignées pour des raisons tout autant esthétiques que métaphoriques évoquant l’enfermement. Tous les collaborateurs se sont retrouvés sur le site pour la première fois, créant alors un contexte stimulant d’échange, d’entraide et de collaboration.

L’installation s’intitule alors Confinement of the Intellect, un titre plus tard simplifié pour The Encampment ou Le Campement, en français. Chaque tente est une installation intime dans laquelle le public peut entrer et s’exposer à diverses facettes de la santé mentale. Les artistes avouent avoir été surpris de constater à quel point il peut être touchant de redécouvrir ce qui a été oublié pour cause de négligence, de peur, de mœurs et de politiques sociales, et ils croient que leur installation agit en quelque sorte «comme une catharsis socio‑historique».

Studio SM lève le camp

Enthousiasmé par l’expérience de Toronto, l’événement Open House New York offre ensuite aux artistes d’organiser une nouvelle édition de l’installation à l’île Roosevelt, au cœur de New York, sur la rivière Hudson, en octobre 2007. Depuis 150 ans, l’île reçoit des exclus de la société, des malades de la varicelle mis en quarantaine, des orphelins, des malades et handicapés mentaux placés en institut, des sans‑abris dans un refuge, des criminels dans une prison… En fait, cette île a connu de multiples situations d’enfermement et son territoire de South Point se prêtait merveilleusement bien à l’installation du campement. À nouveau les artistes ont mis sur pied des ateliers, monté des tentes et rappelé au public les conditions difficiles de l’exclusion.

Le Studio SM collabore par la suite avec l’Association canadienne pour l’intégration communautaire (ACIC), qui regroupe plus de 400 organismes du Canada et dont le mandat vise à sensibiliser la population à l’inclusion des personnes présentant une déficience intellectuelle. Les artistes ont alors adapté leur projet pour refléter le volet pancanadien de l’organisation et les ateliers prévus pour les «collaborateurs créatifs» se sont déroulés à Whitehorse, Vancouver, Winnipeg, Moncton, Toronto et Ottawa.

La présentation à Ottawa, en octobre 2008, en partenariat avec la Commission de la capitale nationale (CCN), venait célébrer le 50e anniversaire de l’ACIC. Pour cette troisième édition du Campement, soixante‑dix tentes d’expédition du XIXe siècle ont été dressées pour former une grille géométrique au parc Major’s Hill, à Ottawa. Le chiffre 70 réfère ici au seuil de quotient intellectuel en deça duquel il est généralement établi qu’une personne souffre d’un handicap.

Des projets d’envergure et participatifs

Studio SM amalgame la mise en scène, l’art visuel et environnemental et la médiation sociale. Les artistes ont de nouveaux projets en vue, notamment Transmission, un grand rassemblement mêlant lumière et musique symphonique, et Ghost Net Project qui aborde la problématique des filets de pêche fantômes ayant perdu leurs attaches et qui se retrouvent abandonnés ici et là dans le monde. Malgré le contexte actuel qui freine la réalisation de ces projets, Studio SM travaille en vue de réaliser, confirme avec fermeté Thom Sokoloski, «des projets d’envergure doublés d’un volet participatif à grande échelle.»

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