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Médiation culturelle

Le Garage à musique Publié le : 3 mai 2011

Une initiative pour orchestrer sa vie

Texte: Michel Lefebvre –  Mai 2011

Avec le Garage à musique, la Fondation du Dr Julien intègre la pratique musicale des jeunes au cœur d’une stratégie de développement social dans Hochelaga-Maisonneuve.


 

Les jeunes de l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, disposent depuis 2010 d’un lieu d’apprentissage inédit, le Garage à musique. Avec cette initiative, portée par l’avocate et médiatrice Hélène Sioui-Trudel, la Fondation du Dr Julien souhaite peut-être initier quelques bands de garage, mais elle vise avant tout à former de jeunes citoyens responsables et outillés pour faire face aux réalités de la vie.

Dans ce quartier parmi les plus défavorisés de Montréal, l’objectif est de combiner l’apprentissage et la pratique de la musique, l’accompagnement scolaire et un suivi professionnel souscrivant à l’approche de la pédiatrie sociale pratiquée depuis quelques années par le docteur Julien et son équipe.

Bien qu’il soit encore en phase d’implantation, avec deux projets pilotes réussis et son emménagement récent dans la maison de la Fondation, le Garage à musique offre aux enfants un accompagnement professionnel sur mesure jumelé à un programme de réussite éducative et sociale dans un milieu créatif, sécuritaire et accessible. Il donne la possibilité d’acquérir des habiletés techniques, personnelles et sociales à travers l’apprentissage et la pratique de la musique.

La musique au service de la pédiatrie sociale en communauté

Implantée dans Hochelaga-Maisonneuve dans les années 1990, la Fondation du Dr Julien chapeaute, en 2011, deux centres de pédiatrie sociale en communauté: le Centre de services préventifs à l’enfance du quartier Côte-des-Neiges et le Centre Assistance d’enfant en difficulté d’Hochelaga-Maisonneuve.

Un centre de pédiatrie sociale en communauté, c’est avant tout un lieu d’accueil chaleureux, familier et accessible qui est porté par la communauté. «C’est comme une maison», dit Hélène Sioui-Trudel, qui a grandi avec un piano et qui a souhaité doter le Centre d’instruments de musique. «Progressivement, on a trouvé un piano, puis des bénévoles pour enseigner la guitare. Je me suis dit que c’était bien d’offrir de la musique aux jeunes qui fréquentent le Centre, mais je voulais en offrir dans tout le quartier.»

Ainsi est né le souhait du Garage à musique.

Hélène Sioui-Trudel est une proche collaboratrice de la Fondation depuis 2006 et elle en dirige les opérations depuis février 2011. De mère autochtone, elle a fait des études en criminologie et en droit et son expérience l’a plongée au cœur des débats entourant les revendications territoriales et les droits de la personne. Elle a, depuis longtemps, fait sienne l’approche de la pédiatrie sociale, qui met en lien tous les intervenants du réseau entourant les enfants visés par les programmes de la Fondation: parents, instituteurs, psychologues, médecins, avocats, travailleurs sociaux, policiers, etc.

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Un projet pilote concluant, un succès retentissant

Après de premiers balbutiements, c’est en 2009 que le Garage à musique prend réellement forme avec un projet pilote auquel ont participé les quelque deux cents élèves de l’école primaire Saint-Nom-de-Jésus, dans Hochelaga-Maisonneuve. Pour Hélène Sioui-Trudel, il importait que tous les enfants puissent participer, de la 1re à la 6e année, écartant d’emblée toute forme d’exclusion.

Pendant sept semaines, d’avril à juin 2009, les professeurs accompagnaient leurs élèves une fois par semaine jusqu’à l’école de percussions Samajam, située à quelques minutes de marche. En juin 2009, le concert de fin d’année avec les jeunes a fait salle comble dans le chapiteau couvert du marché Maisonneuve. L’enthousiasme était palpable et le succès retentissant.

L’obtention de nouveaux fonds a permis à la Fondation de poursuivre le projet pilote durant l’année scolaire 2009-2010 avec les mêmes partenaires: l’école Saint-Nom-de-Jésus et Samajam, qui anime les classes de pratique collective de la musique, certainement l’aspect le plus ludique du Garage à musique, le djembé se prêtant fort bien à l’exercice.

L’édifice Ovila-Pelletier dans la mire du Garage à musique

En novembre 2010, le Garage à musique amorce un tournant et emménage dans la maison préalablement occupée par la Fondation, maintenant relogée ailleurs. Les activités s’articulent autour des trois volets du programme. Au sous-sol de la maison se tiennent les séances d’accompagnement scolaire. Le rez-de-chaussée comprend l’accueil ainsi qu’une station de radio adaptée pour les enfants, et le premier étage est voué à la pratique musicale, à l’évaluation des jeunes et à l’orientation en pédiatrie sociale.

Le Garage à musique y est à l’étroit et caresse de plus grandes ambitions: la rénovation et l’occupation de l’édifice Ovila-Pelletier, qui tient son nom d’un policier très engagé dans l’organisation d’activités sportives, dans les années 1930. Abandonné depuis 2007, l’édifice se prêterait adéquatement aux activités du Garage à musique, qui rêve d’offrir un lieu d’accueil ouvert 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, servant à la fois de refuge pour les jeunes et de tremplin créatif pour leur avenir.

Cet édifice est à rénover complètement au coût d’environ 1,2 million de dollars. La Ville de Montréal a donné son accord pour confier l’édifice au Garage à musique, moyennant un financement garanti de 450 000$. Le Garage à musique peut compter sur de multiples partenaires du centre de pédiatrie sociale, dont les nombreux bénévoles, les écoles primaires et secondaires, la maison de la culture, le centre sportif et communautaire, la communauté artistique, les autres ressources de la communauté, les partenaires privés et publics et, bien sûr, l’appui financier de la société civile.

«Il faut être un peu fou pour imaginer ces projets-là», dit Hélène Sioui-Trudel. «Mais il faut donner des outils aux jeunes», conclut-elle avec passion.

 

Musique et développement social: des exemples inspirants

Le Garage à musique s’inspire en partie d’un programme de formation musicale mis en place en 1975 au Venezuela. Le musicien José Antonio Abreu oeuvrait à la formation d’un orchestre symphonique national des jeunes et il s’ensuivit un mouvement social qui allait démocratiser l’enseignement de la musique en mettant l’accent sur la pratique collective dans les milieux défavorisés. Ce modèle a été rapidement étendu à travers tout le pays pour devenir le Système national d’orchestre pour les enfants et les jeunes du Venezuela (Fesnojiv), que les Vénézuéliens désignent plus familièrement comme El Sistema ou La Orquesta. Chaque année, des milliers de jeunes à travers le pays sont initiés à la pratique collective de la musique, un exercice stimulant et communicatif pour l’enfant. Le Fesnojiv chapeaute aujourd’hui une trentaine d’orchestres de jeunes, 250 000 enfants fréquentent les écoles de musique et 90% d’entre eux proviennent de milieux défavorisés*.

Au Canada, le gouvernement Nouveau-Brunswick appuyait en 2009 la création à Moncton d’un orchestre d’enfants inspiré du modèle vénézuelien. C’est toutefois à Rouyn-Noranda, au Québec, que s’élabore présentement un projet similaire au Garage à musique, le Centre musical en sol mineur, qui intègre la pratique musicale dans une approche de pédiatrie sociale.

* Les données chiffrées proviennent de Wikipédia.

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