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Médiation culturelle

Le Revolving Museum Publié le : 15 août 2008

Michel Lefebvre – Août 2008

À la fois centre de culture et d’éducation populaire, musée d’art vivant et laboratoire de création, le Revolving Museum réalise divers projets d’art public en étroite complicité avec la communauté et les écoles de quartier.


La ville de Lowell, au Massachussetts, capitale mère de l’écrivain nomade Jack Kerouak, abrite depuis 2002 le Revolving Museum, un musée dédié aux arts communautaires sous la férule de l’artiste, enseignant et médiateur culturel Jerry Beck. Il faut comprendre ici le qualitatif «revolving» qui s’applique au musée comme un appel à la transformation, à l’occupation inventive de lieux délaissés, avec la participation du public et d’intervenants séduits par les processus participatifs de l’art créé avec la communauté.

À l’origine, en 1984, l’artiste Jerry Beck souhaite confronter la perception habituelle du musée. Peu intéressé par le système de l’art basé sur une culture de l’objet et l’individualisme des artistes, Beck veut provoquer des rencontres, faire de l’art une expérience collective, investir de nouveaux lieux. De bâtiment fixe il n’y a point, d’où le caractère nomade qui caractérise alors son musée.

Aujourd’hui, à la fois centre de culture et d’éducation populaire, musée d’art vivant et laboratoire de création, le Revolving Museum réalise divers projets d’art public. Il s’adresse principalement à une clientèle moins favorisée, jeune, mal servie en termes d’accès à la culture et aux arts, à qui il souhaite offrir une expérience culturelle active.

À travers les programmes d’art communautaire, un engagement continu

Le programme éducatif et artistique du musée comprend des ateliers traditionnels d’apprentissage mais surtout divers programmes d’art public. Son programme pour les jeunes vise autant à accroître les compétences qu’à créer un lieu de réflexion et d’expression. En étroite complémentarité avec la communauté et les écoles du quartier, le musée offre notamment, depuis 2004, les programmes Teen Arts Group (TAG) et Visionary School.

Des groupes sont formés en fonction du calendrier scolaire. Les jeunes identifient le thème d’un projet d’art public ou d’un événement qu’ils auront à réaliser. Des artistes professionnels, des éducateurs et divers leaders de la communauté les encadrent à chaque étape, de l’idéation à l’organisation, à la tenue et à la promotion de l’événement, permettant aux jeunes de développer leurs talents respectifs au sein d’une équipe et de constater l’impact de leur initiative comme moteur positif d’engagement social.

Pour 2009-2010, le musée prépare Artbotics, un programme plus spécialisé d’initiation aux arts médiatiques. Durant un an, une quinzaine de jeunes de niveau collégial visiteront des expositions, des laboratoires universitaires, assisteront à des conférences, discuteront en ateliers et organiseront un projet d’art médiatique communautaire. Afin de favoriser l’accessibilité, les participants recevront, au terme du programme, une compensation financière. Les jeunes de ce niveau doivent souvent travailler après l’école et cette allocation viendra compenser la perte de revenus.

Rappelons ici que le musée s’intéresse principalement aux communautés mal servies en termes d’accès aux arts, souvent moins fortunées et constituées d’une bonne part d’immigrants. La population de Lowell comprend une forte proportion de ces nouveaux arrivants, dont beaucoup du sud-est asiatique. Le directeur du musée, Jerry Beck, enseigne au Lowell High School et ses élèves proviennent du Cambodge, de l’Inde, d’Afrique, du Brésil, du Portugual, de Grèce, d’Irlande, etc. Provoquer des rencontres, alimenter le dialogue entre les artistes et le public, favoriser des rapprochements, aller chercher les gens pour qu’ils s’investissent dans un projet, telles ont toujours été les volontés de Jerry Beck depuis la fondation du musée.

Un petit train qui a fait du chemin

Le premier projet du Revolving Museum, «The Little Train That Could… Show», occupait une douzaine de wagons abandonnés. Le «musée» occupera successivement par la suite une île du port de Boston, un haut-lieu de la guerre civile; une ancienne distillerie de rhum dans un site d’enfouissement à Queens (NY); un camion de 8 mètres (24 pieds) transformé en théâtre véhiculant ses spectateurs vers le site de diverses performances; l’occupation d’espaces négligés près de l’hôtel de ville de Boston.

Avec ces activités en art public, le Revolving Museum gagne une certaine reconnaissance et le soutien grandissant d’organismes communautaires. Les années suivantes, il organise une série d’événements faisant appel de plus en plus à des groupes de jeunes de milieux défavorisés, les exposant ainsi à de nouvelles idées, à de nouvelles façons de confronter les problèmes. En 1992, il met sur pied Wonders of the World (WOW), un festival d’été biennal sur le thème de la diversité auquel se greffe un carnaval communautaire. Au fil des ans, plusieurs milliers de jeunes ont travaillé avec des artistes à la création d’installations interactives à la fois ludiques et informatives.

Jusque là nomade, le Revolving Museum se fait offrir en 1996 par la Boston Wharf Company, une société privée qui gère le port de Boston, un espace de trente mille pieds carrés. Le musée renforce alors sa structure administrative, aménage une cinquantaine de studios d’artiste, deux galeries d’art, une chambre noire et un atelier de création pour les jeunes, devenant ainsi un important laboratoire de création et de diffusion. À peine six ans plus tard, en janvier 2002, la Boston Wharf Company évince le Revolving Museum pour lui préférer les entreprises de nouvelles technologies. Malgré leurs efforts de relocalisation dans le quartier, plusieurs artistes et organisations socioculturelles touchés par ce nouveau plan d’aménagement quittent Boston. «Boston a laissé ça partir», conclut sèchement Jerry Beck. L’éclipse du musée sera de courte durée.

La ville de Lowell, d’un peu plus de 100 000 habitants, travaille au même moment à la mise en place d’un quartier des arts et du divertissement et invite le Revolving Museum à y occuper un des ses édifices historiques, le Lowell Gas and Light Building. Quatre mois après son départ de Boston, l’événement Home-Made: Pioneers & Public Art inaugure le nouvel espace du musée. Avec l’appui de la ville de Lowell, de partenaires privés et de nombreux organismes communautaires, les projets se sont depuis multipliés.

Les expositions, une œuvre de processus

L’exposition en cours, Toys and Games: More than Amusement, du 14 février au 31 décembre 2008, explore l’univers du jeu. La majorité des pièces présentées sont l’œuvre de jeunes artistes de 12 à 22 ans qui ont participé à des programmes du Revolving Museum ou d’autres écoles voisines. On invite le public à jouer, interagir, participer. Les œuvres ont été réalisées en étroite concordance avec le cursus scolaire des jeunes en anglais, en sciences, en mathématiques, en sports, en arts, etc. Plus de 200 personnes y ont contribué.

Dans tous les cas, le processus même de création fait partie intégrante du résultat. Jerry Beck précise: «J’essaie de ne pas juger le résultat d’un projet. Le processus ne va pas mentir. Le meilleur art, selon moi, dépend de la qualité des artistes mais aussi du processus. On ne peut séparer le processus du résultat.» Les projets sont maintenant sélectionnés en fonction de critères énoncés dans la déclaration de principe du musée à propos de l’art public: le caractère éducationnel; la pertinence du projet en fonction du contexte; le degré de contribution à la communauté; la création de liens avec la communauté; la diversité des participants; la variété des pratiques; l’impact à long terme.

Le musée compte un personnel réduit de trois personnes et fait appel à des ressources spécialisées pour la tenue des activités. Son budget de 650 000 $ provient pour la moitié de fonds publics, le reste provenant de partenaires privés, «particulièrement sensibles à notre travail auprès des jeunes», conclut Jerry Beck. En 2007, le Conseil de la culture du Massachussetts décernait au Revolving Museum le Prix du Commonwealth, catégorie «Communauté».

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