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Médiation culturelle

Le rôle social du Centre d’histoire – Un laboratoire en muséologie sociale Publié le : 23 juin 2009

Soufïa Bensaïd – 2009

Après 25 ans d’existence, le Centre d’histoire de Montréal s’ingénie à développer des interventions inspirées de la muséologie sociale pour rejoindre les citoyens sur le territoire de la ville et leur faire découvrir l’ensemble des patrimoines et des cultures montréalaises.


CHM_logoLe Centre d’histoire de Montréal (CHM) se révèle, 25 années de vie, d’essais et d’erreurs plus tard, comme un laboratoire au Québec en muséologie sociale. Conçu pour être la porte d’entrée du patrimoine urbain, sa mission est d’initier les Montréalais et les touristes à la ville actuelle par ses patrimoines et cultures.

«Un musée, pour jouer un rôle social, doit aller chercher les gens», confie Jean-François Leclerc directeur du CHM. «La difficulté d’attirer au CHM tous les citoyens auxquels il était destiné à l’origine a suscité des questionnements. Pour rendre ce concept fonctionnel, il est apparu important que la «porte» du musée devienne mobile, qu’elle se déplace vers le public, là où il vit.» Au fait, en quoi consiste la muséologie sociale dans les musées ? Certes à conserver, à instruire et à divertir les publics, mais encore, à prendre part aux enjeux actuels de la société. Le muséologue endosse par ce fait un rôle d’agent de changement et de médiateur culturel.

En effet, le rôle social des musées ne s’est posé que récemment. Il est vrai que la muséologie des années 1970 avait développé une sensibilité plus accrue envers le public et les communautés. «Une sensibilité qui au cours des dernières décennies a parfois confondu l’engagement social avec l’opération de marketing et l’enracinement communautaire avec les techniques de fidélisation des clientèles», mentionne Jean-François Leclerc.

Depuis qu’il a pris les rennes du CHM en 1996, il s’est employé à développer des interventions inspirées de la muséologie sociale pour rejoindre les citoyens sur le territoire. C’est alors qu’ont été conçues les expositions et les activités mobiles qui allaient à la rencontre des publics.

Des projets à la rencontre de la collectivité

Déjà en 1999 s’amorçaient les opérations extra muros du Centre. Raphaëlle de Groot, artiste multidisciplinaire, a été invitée à travailler sur la mémoire d’un patrimoine qui n’existait plus. Il s’agissait de raviver l’histoire du premier parlement du Canada-Uni qui occupait, 150 ans auparavant, la place D’Youville en face du musée. Les interventions de l’artiste, qui ont nécessité une transformation d’un paysage urbain anonyme, ont été le centre d’intérêt des visiteurs du quartier. Le stationnement révélait l’histoire du lieu par des marquages au sol inspirés d’articles d’époque et de rapports de fouilles archéologiques. Une parcelle du patrimoine émergeait du passé et reprenait vie sur l’asphalte, sous les pas intrigués des passants.

Puis il y a eu Mémoire vive, une exposition laboratoire développée en 2002 par Dare-Dare en collaboration avec le CHM. Dix artistes revisitaient la mémoire de Montréal et disséminaient des extraits de son histoire lors d’interventions publiques aux quatre coins du territoire. Pour les besoins de cette aventure, certains artistes et services non culturels de la Ville ont eu à dialoguer; cette simple rencontre a influencé l’univers des employés municipaux et a modifié leur perception de l’art et du patrimoine.

Ainsi, le musée a réussi à établir son rapport à la société en décloisonnant ses activités et en allant sur les territoires de ses publics. «Il faut casser le moule traditionnel de l’interprétation du patrimoine», souligne Jean-François Leclerc. Ce rapport social s’est enfin renforcé avec les activités entourant le 50e anniversaire de la communauté portugaise en 2003, puis la création du Musée de la personne à Montréal en 2004. Sur le modèle du Museu da Pessoa à São Paulo au Brésil, le CHM a initié la mise en place de ce musée virtuel pour collecter et préserver les histoires de vie des citoyens. C’est alors que la mémoire de personnes, patrimoine encore méconnu, est entrée au musée.

«Nous avons privilégié le patrimoine immatériel que constituent la mémoire et l’histoire individuelle des Montréalais et des Montréalaises, écrit Jean-François Leclerc, parce que proche de chaque citoyen, en veillant toujours à les relier à l’histoire collective et aux patrimoines matériel et immobilier.»

Rapidement, le musée développe sa relation avec le monde communautaire. «Nous apprenons à entrer en contact avec les communautés, ajoute Marc-André Delorme, directeur du Musée de la personne (Mdlp). Nous en tirons, à force de projets sur le terrain, une expertise de médiation incontestée.» Depuis 5 ans, des projets, souvent conçus autour d’une commémoration, sont développés en collaboration avec des groupes sociaux et des communautés culturelles pour recueillir des témoignages de parcours de vie.

Grâce au cheminement vécu par chaque participant, le simple processus de récolte des histoires de vie permet de rapprocher les jeunes générations des plus anciennes. Les jeunes participants, formés par le Musée de la personne pour collecter ces histoires, participent par là même à consolider le patrimoine immatériel des Montréalais. C’est ainsi que peut-être appréhendé l’impact social du CHM. En assumant son rôle de vecteur vers la communauté, ce centre d’histoire municipal est devenu, au fur et à mesure de son engagement social et de son étroite collaboration avec le Musée de la personne un lieu pionnier de médiation culturelle et intergénérationnelle.

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