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Médiation culturelle

L’Écart à Rouyn-Noranda – Un filon prometteur pour les arts et la culture Publié le : 25 juin 2012

Michel Lefebvre – Juin 2012

Avec l’acquisition récente du bâtiment qu’il occupe depuis dix-sept ans, le centre d’artistes L’Écart contribue à renforcer la vocation culturelle du Vieux-Noranda.


Selon le coordonnateur artistique du centre d’artistes L’Écart, Matthieu Dumont, la culture occupe depuis quelques années une place de plus en plus importante dans le développement actuel de Rouyn-Noranda, une ville minière située en bordure de l’Ontario, à 600 km de Montréal vers le nord-ouest du Québec.

Dans le quartier dit du Vieux-Noranda, construit dans les années 1920 aux abords du lac Osisko, près de la vieille mine de cuivre, L’Écart présente depuis 1992 des expositions en arts visuels, organise des résidences d’artistes, agit comme éditeur et produit des événements interdisciplinaires comme la Biennale d’art performatif. L’organisme qui chapeaute L’Écart, le Centre des artistes en arts visuels en Abitibi-Témiscamingue (CAAVAT), origine d’un symposium de peinture organisé en 1989 à Rouyn-Noranda. L’Écart est né peu après de cette volonté des artistes de disposer d’un lieu de diffusion.

Dans ce vieux quartier se concentrent aussi d’autres organismes culturels tels que le Cabaret de la dernière chance, le Petit Théâtre du Vieux-Noranda ainsi que l’Agora des arts, un diffuseur des arts de la scène qui a pris possession de l’ancienne église Notre-Dame. L’administration municipale reconnaît le Vieux-Noranda comme quartier culturel et appuie cette consolidation par un soutien tangible, politique et financier. Plusieurs organismes ont ainsi fait l’acquisition de bâtiments dans le quartier, dont L’Écart qui inaugurait le sien en mars 2011, après trois ans de travail pour en devenir propriétaire et près de vingt ans d’activité.

Jouer le territoire comme un atout

Cette démarche d’acquisition complexe reposait sur les épaules de Geneviève Crépeau, membre du conseil d’administration de L’Écart depuis 1998, chargée de projet et partenaire de Matthieu dans le duo de performeurs qu’ils forment sur la scène artistique. Ensemble, ils assument aussi la codirection de la Biennale d’art performatif de Rouyn-Noranda. L’engagement de Matthieu Dumont au sein de L’Écart remonte à l’an 2000. Il en est le coordonnateur depuis l’événement qu’il a dirigé en 2005, TRAFIC Inter/nationale d’art actuel en Abitibi-Témiscamingue… dont les manifestations occupaient divers centres d’exposition et espaces de diffusion disséminés à travers l’Abitibi-Témiscamingue. Outre les salles de L’Écart, les artistes ont investi la rue, une église, un hôtel, les abords de la route, une salle de billard, et même une maison abandonnée de Malartic aujourd’hui démolie pour laisser place à un gigantesque projet de mine à ciel ouvert.

Par cette délocalisation des interventions, L’Écart témoignait d’une volonté de «jouer le territoire comme un atout», tel qu’il est écrit dans les orientations générales de l’organisme. Matthieu Dumont parle d’intrusion lorsqu’il décrit certaines interventions menées lors de TRAFIC. En évoquant plus généralement le travail de L’Écart, il parle plutôt de proximité. «À tous les niveaux, on favorise les relations de proximité, dit-il. Avec le public, le secteur privé et les autorités municipales.»

Facteurs de proximité

Tout d’abord, auprès du public qui fréquente les expositions, L’Écart encourage la rencontre avec l’artiste et la compréhension de son travail. On attribue même un cachet supplémentaire de 100 $ aux exposants pour expliquer leur processus de création lors des vernissages. Peu à peu, ces rencontres contribuent à l’éducation du public et à la compréhension des codes de l’art contemporain.

«Plus largement, explique Matthieu Dumont, c’est par le biais de l’art que l’on contribue à sensibiliser la population aux arts actuels. À travers toutes nos actions de diffusion et de promotion, on tente de susciter des happenings et on manifeste notre présence dans la ville. On veut qu’un public diversifié assiste à nos activités. On distribue des cartons d’exposition dans les commerces, on placarde des affiches et on rejoint les médias locaux comme Radio-Canada, les hebdos La Frontière ou L’Indice bohémien, qui couvrent l’actualité culturelle de la région. À tous les niveaux, il faut faire preuve d’ouverture. On a une vitrine qui donne sur la rue, la porte est ouverte et on installe des bancs publics devant le bâtiment.»

Avec l’administration publique et le secteur privé, L’Écart entretient la même relation de proximité. «Ça me semble plus facile en région parce que le monde se connaît. Par le biais du Centre local de développement (CLD), l’Office du tourisme ou le comité culturel de la Ville, on participe à des comités conjoints avec d’autres membres actifs de la communauté, des entrepreneurs, des élus, des fonctionnaires ou d’autres représentants d’organismes, et on discute de stratégies pour améliorer la qualité de vie et le développement de la ville. Dans une région comme la nôtre, éloignée des centres urbains comme Montréal ou Québec, si on veut quelque chose, il faut se mettre ensemble et s’organiser. C’est la clef du succès.»

Effervescence économique et culturelle: le fruit d’actions concertées

Au-delà de ce dynamisme de L’Écart et de ses promoteurs s’exprime une volonté beaucoup plus large de la communauté de contribuer à l’effervescence économique et culturelle de Rouyn-Noranda. En 2012 s’y tiendront les assemblées annuelles du réseau Les Arts et la Ville et du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ). La Ville s’est aussi portée candidate au titre de Capitale culturelle du Canada 2012. Ce sont plus d’une quarantaine d’activités proposées par la communauté artistique locale qui apparaissent à l’appui de cette candidature, dont l’installation de panneaux lumineux permanents par L’Écart dans le Vieux-Noranda.

Rouyn-Noranda vit une ruée vers l’art et la culture, résultat d’actions concertées qui favorisent leur émergence. De nouvelles manifestations culturelles surgissent depuis quelques années et connaissent un succès qui déborde des frontières régionales, comme le Festival du DocuMenteur, le Festival des musiques émergentes (FME), la Biennale d’art performatif et le Festival des guitares du monde, qui inscrivent diversité, innovation et qualité au programme de l’offre culturelle. Le Festival international de cinéma en Abitibi-Témiscamingue ainsi que le rôle dynamique de diffuseur du Théâtre du cuivre, dirigé par Jacques Matte, avaient certes ouvert les voies de cette affirmation culturelle et de la mobilisation régionale.


Pour une occupation durable du territoire : plan d’acquisition

LEcart_batiment300pxDans le vieux bâtiment qui appartient dorénavant au CAAVAT, L’Écart dispose de trois salles vouées à la diffusion, deux principales et une plus petite, vitrée, donnant sur la rue. L’Écart est également une entreprise d’économie sociale qui offre en location six ateliers d’artistes, des espaces à bureaux occupés par deux festivals (FME, DocuMenteur) ainsi que huit logements – des 3 ½ loués à divers locataires –, dont un qui sera utilisé pour les artistes en visite ou en résidence. L’Écart dispose en outre d’un local commercial attenant loué à un autre organisme, Sédiments actifs, qui gère l’Espace Noranda où se tiennent divers événements (ateliers, danse, théâtre, lancements, etc.)

Pour acquérir le bâtiment et le faire fonctionner, une opération d’environ 580 000 $, L’Écart a bénéficié d’un appui de la Ville (60 000 $), d’une 1re hypothèque de la Caisse populaire garantie par Investissement Québec (275 000 $), d’un prêt de capitalisation d’Investissement Québec (50 000 $) et d’une 2e hypothèque (110 000 $) de la Fiducie du chantier de l’économie sociale – une société de capital patient – qui n’exige que le remboursement des intérêts pendant les quinze premières années du prêt. Ont aussi contribué au projet le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec (15 000 $), le Fonds de l’économie sociale du Centre local de développement communautaire (15 000 $) et le Fonds régional d’investissement jeunesse (12 000 $). En 2009, L’Écart a aussi récolté 36 000 $ de ses membres lors d’un « Peinturothon ».

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