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Médiation culturelle

MosaicJam à Rimouski Publié le : 1 septembre 2014

MosaicJam au travail
Michel Lefebvre – Septembre 2014

Une mosaïque interculturelle avec Lisan D. Chng

Lauréate de la première bourse d’accompagnement en médiation culturelle de Culture pour tous, l’artiste Lisan D. Chng a mené à Rimouski un projet d’ateliers de mosaïque avec des participants d’origines diverses sur le thème du Nouvel An chinois. Dans la foulée de ce projet initié à l’hiver 2014, l’artiste témoigne des liens entre sa pratique de la mosaïque, son approche de la médiation culturelle et son envie de rapprochement social et interculturel. 

D’après une entrevue par correspondance avec l’artiste Lisan D. Chng, directrice de MosaicJam.

Comment situez-vous la dynamique relationnelle de votre parcours artistique axé sur la création de mosaïques avec la collectivité et en milieu interculturel ?

Mosaicjam-LisanDChangL.D. C. – Mon cheminement d’artiste a deux facettes: un volet social et communautaire et un autre plus personnel et expérimental. Le volet social est principalement axé sur la rencontre des personnes à travers la réalisation de mosaïques. Je suis inspirée par cette idée d’offrir un espace de rencontre, des autres et de soi, et je crois au pouvoir de la mosaïque de susciter la créativité. La dimension sociale et l’exploration de soi sont des objectifs importants dans les projets communautaires de MosaicJam. Nous commençons souvent les ateliers par des échanges entre les participants. Cela permet à chacun(e) de se rencontrer et de partager une expérience de vie.

Quant à mon intérêt pour la dimension interculturelle dans ma pratique artistique, il remonte certainement à mon parcours international, mais aussi à mon enfance. J’ai été exposée très jeune au pluriculturalisme. À la maison, nous avions des pensionnaires d’origines ethniques et nationales très diversifiées. La diversité culturelle est fondamentale dans une société. Nous sommes constitués d’une mosaïque d’influences provenant des endroits que nous avons traversés et des gens que nous avons rencontrés. Il n’y a pas de lignes droites. Il est impossible de nous mettre dans une boîte, de nous limiter à une définition simple. Le but de mon travail est aussi de montrer que, malgré nos différences, nous sommes tous pareils avec nos émotions, nos questions, nos blessures, nos épreuves de la vie. La création d’une espace intime pour explorer les questions d’identité et nos racines culturelles est pour moi une mission et il est possible de cheminer ensemble sur ce terrain parfois inconnu. En ce moment, je développe le projet de jumelage Entre deux cultures, où des enfants et des jeunes adoptés ou métissés au Québec rencontrent de nouveaux arrivants provenant de leur pays d’origine. Le communiqué de l’exposition fait part d’un accompagnement de la professeure et directrice du département de psychosociologie à l’Université du Québec de Rimouski (UQAR), Jeanne-Marie Rugira, pour «soutenir le volet participatif et la création des conditions de réciprocité créatrice en contexte multiculturel». Quel aura été son apport à votre démarche ?

mosaicJam_Laure-AnseOWhiteLe communiqué de l’exposition fait part d’un accompagnement de la professeure et directrice du département de psychosociologie à l’Université du Québec de Rimouski (UQAR), Jeanne-Marie Rugira, pour «soutenir le volet participatif et la création des conditions de réciprocité créatrice en contexte multiculturel». Quel aura été son apport à votre démarche ?

L.D. C. – L’accompagnement de Jeanne-Marie Rugira m’a permis de bénéficier d’un regard extérieur sur ma pratique de médiatrice culturelle, mon processus de création, la planification, la gestion, etc. Elle m’a ouvert à la sensibilité et aux techniques d’animation nécessaires pour aborder les questions profondes d’identité culturelle avec les participant(e)s. Le dialogue et l’interaction avec Jeanne-Marie Rugira m’ont donné confiance et permis de mieux comprendre les stratégies de cocréation. Je réfléchis maintenant à la possibilité d’entamer une maîtrise dans un domaine d’étude qui correspondrait à mes intérêts et à ma pratique de la médiation culturelle.

Comment évaluez-vous les retombées de ce projet de mosaïque ?

L.D. C. – Après Rimouski, les mosaïques ont été exposées à Lévis, ce qui a contribué à la fierté des participant(e)s et à renforcer des liens. J’ai aussi obtenu une bourse de perfectionnement offerte par le Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent auprès d’une mosaïste reconnue internationalement, Laurel True, en Nouvelle-Orléans. Durant cette formation de dix jours intensifs en février 2014, j’ai appris diverses techniques de taille, mais aussi à développer des concepts et à réaliser des mosaïques de grand format et avec des matériaux résistants, par exemple pour des projets communautaires à grande échelle ou à l’extérieur.

J’ai ensuite travaillé cet été de 2014 à la réalisation du plus grand projet de médiation culturelle de ma vie, et j’en suis très fière, avec les patients d’un hôpital communautaire de Singapour et plus de 500 participants bénévoles. Nous avons créé une murale de 8 x 16 pieds (128 pi2 ou 10 m2) qui a pour titre Project HOPE et qui est inspirée de l’histoire des patients et des vœux d’espoir des bénévoles de l’hôpital.

Ces réalisations m’incitent à poursuivre ma démarche autour de projets axés sur l’inclusion sociale, les questions d’identité et d’affirmation culturelles et l’exploration de soi. Je travaille actuellement à développer MosaicJam en tant qu’entreprise d’économie sociale avec des projets internationaux de médiation culturelle.

À travers vos différences activités, quelle est votre vision de la médiation culturelle ?

L.D. C. – En tant qu’artiste, je définis mon rôle de médiatrice en fonction de ma vision et de mon expérience. Ce rôle n’est pas aussi simple que de monter un projet artistique et communautaire. Je me considère ainsi comme une «artepreneure», c’est-à-dire une entrepreneure en art. Au travail de création, de production et de gestion de la création s’ajoutent les exigences d’organisation, d’animation avec des groupes parfois importants, de formation et d’initiation aux techniques avec des personnes de milieux divers et parfois vulnérables, et parfois même d’intervention psychosociale.

Le rôle de la médiation culturelle devient de plus en plus pertinent dans notre société individualiste et fragmentée. Nous avons plus que jamais besoin de favoriser la construction de liens au sein des collectivités, de contribuer à l’épanouissement personnel des individus et au développement d’un sens communautaire.

MosaicJam_ZoelieRoyLemieuxUn projet de Lisan D. Chng en collaboration avec l’Association des étudiants et chercheurs chinois (AECC) de Rimouski.

Lisan D. Chng est l’une des deux lauréates des bourses d’accompagnement en médiation culturelle offertes par Culture pour tous, qui visent à favoriser l’émergence de projets et la diffusion des savoirs en médiation culturelle à travers le Québec.

L’artiste a réalisé un projet de mosaïque en collaboration avec l’Association des étudiants et chercheurs chinois (AECC) de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Durant trois ateliers répartis sur trois semaines en janvier 2014, près d’une dizaine de participant(e)s issu(e)s de communautés culturelles diverses ont créé une mosaïque. Chaque personne avait à mettre en dialogue, dans sa mosaïque, la culture chinoise avec des référents à sa propre culture. Les pièces ont été exposées à la Galerie d’art de l’Université du Québec à Rimouski, en février 2014, puis à Lévis.

mosaicjam.com
facebook.com/mosaicjam


VIDÉOS

Une exposition de mosaïques interculturelles pour le Nouvel An chinois à Rimouski – TVA Est-du-Québec, La Vie chez nous, 10 février 2014

Tree of Life / L’Arbre de la vie – Mosaïque interculturelle 2012

Lisan D. Chng
Originaire de Singapour et maintenant établie à Rimouski, Lisan D. Chng est une artiste dans l’âme. Après des études en finances et en administration aux États-Unis, elle travaille à Wall Street (New York) puis en services-conseils aux entreprises pendant une dizaine d’années avant de changer de vie.

Ébranlée à la mort de sa mère en 2006, elle part sur les chemins de Compostelle où elle rencontre l’amour qui l’entraînera jusqu’au Québec, une terre d’accueil qui lui permet de s’épanouir sur le plan personnel et professionnel, «Ici, à Rimouski, je sens l’espace et la possibilité de poursuivre le rêve que je caresse depuis toute jeune, celui d’être artiste et de vivre près de la nature.» C’est donc là qu’elle a pris pied et monté dans son garage un atelier de travail dédié à la création de mosaïques, MosaicJam.

«Je suis une immigrante porteuse d’un bagage multiculturel et je souhaite que MosaicJam réunisse des gens d’origines diverses afin qu’ils s’inspirent des autres et créent spontanément, comme des musiciens qui se rassemblent pour un jam avec chacun leur style et leur instrument.»

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