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Médiation culturelle

MU aux Habitations Jeanne-Mance Publié le : 1 octobre 2009

Crédit : Michel Lefebvre

Texte et photos : Michel Lefebvre – Octobre 2009

En créant MU en 2006, Elizabeth-Ann Doyle et Emmanuelle Hébert se sont donné un véhicule pour réaliser à Montréal des projets d’art mural en partenariat avec la communauté. Durant l’été 2009, c’est aux Habitations Jeanne-Mance, havre urbain à loyer modique, qu’elles ont réalisé leur 15e projet artistique.


Le défi de la collaboration

Dans les années 1950, Montréal entreprit de raser un immense quadrilatère du centre-ville pour y construire un important complexe d’habitations à loyer modique, les Habitations Jeanne-Mance, où résident aujourd’hui 1 700 personnes d’origine diverses – on y dénombre 74 communautés culturelles –, dont 375 jeunes de moins de 17 ans.

Le 50e anniversaire de ce complexe, situé entre les rues Sanguinet et Saint-Dominique, Ontario et de Maisonneuve, allait servir de déclencheur à la réalisation d’un projet de revitalisation esthétique avec la collaboration de MU, un organisme sans but lucratif créé en 2006 par Elizabeth-Ann Doyle et Emmanuelle Hébert afin d’œuvrer à la création de projets d’art mural réalisés en partenariat avec la communauté.

Fortes de leur expérience en organisation culturelle, ces deux femmes ont entrepris de développer l’art mural à Montréal en s’inspirant de la ville de Philadelphie, où l’on recense aujourd’hui près de 3 000 fresques urbaines réalisées depuis 25 ans grâce au Mural Arts Program de la ville. À l’origine, et cet objectif vaut encore maintenant, le projet visait à alimenter le lien social et à repousser les graffitis sauvages, deux objectifs chers aux organisations municipales…

Pour MU, un projet aux Habitations Jeanne-Mance représentait un contexte idéal pour mettre en œuvre les objectifs de l’organisme en proposant un plan d’embellissement en trois volets: deux murales peintes le long du boulevard de Maisonneuve, une mosaïque géante à l’entrée du bâtiment principal et la transformation de 22 bennes à déchets en œuvres d’art. Les projets allaient se réaliser durant tout l’été 2009 avec la participation active des résidents, jeunes et moins jeunes.

Au début des discussions, la Corporation d’habitation Jeanne-Mance (CHJM) éprouvait une certaine crainte à l’évocation de murales – un terme quelquefois associé aux problèmes de graffiti –, mais l’ensemble du projet, la direction artistique et le concept de réalisation, en partenariat avec les résidents, ont joué en faveur de MU. Le thème des œuvres allait être imposé pour qu’il s’insère dans le plan général d’intervention de la CHJM: nature et végétation. Pour qui connaît cet îlot d’habitations modestes en plein centre-ville, piétonnier en bonne partie, gazonné mais pratiquement dépourvu d’aménagement paysager, le thème a valeur de baume. Il témoigne d’un besoin identifié par les administrations concernées et de la volonté ferme d’y remédier, notamment par un important programme d’investissements depuis 2004 visant l’amélioration des aménagements extérieurs.

À partir de là, MU a développé une proposition esthétique acceptable pour tous: CHJM, comité de locataires, partenaires, commanditaires… «On a cherché une cohésion artistique», dit Elizabeth-Ann Doyle. L’implantation réussie d’un projet dans un environnement habité requiert qu’il soit bienvenu et accepté. «Il faut que ça résonne», précise-t-elle. Tout au long du processus, et cela dès la conception, il doit s’établir une relation de proximité qui favorise le dialogue entre les artistes et la communauté.

Ce projet d’embellissement allait demander une préparation minutieuse avec de multiples partenaires. Il aura finalement mis à contribution un grand nombre de gens, du 22 juin au 18 septembre 2009, jour de l’inauguration officielle où les promotrices de MU ont souligné à quel point l’expérience aux Habitations Jeanne-Mance s’est avérée un succès artistique, communautaire et social.

07_mu_mlefebvreDirecteur artistique de la transformation des bennes à déchets, Scott Harber a dirigé des ateliers d’art mural à l’intention des jeunes avec qui il allait ensuite travailler pour repeindre les 22 bennes du site. Chacune compte environ 7,5 m2 de surface (80 pi2), ce qui donne une idée de l’ampleur du mandat. Les bennes auront tout d’abord été nettoyées et repeintes en noir avant l’intervention des artistes en herbe qui ont collaboré en peignant au pochoir des motifs végétaux de couleurs vives, aux lignes organiques, sous la direction de Scott Harber, qui terminait cette année un baccalauréat en enseignement des arts à l’Université Concordia. Chacune arbore un design unique où s’insèrent ici et là, eux aussi peints au pochoir, les visages de jeunes résidents. Les croquis sont de l’artiste, les traits plus difficiles ont été peints par lui et les jeunes ont fait davantage de remplissage au pochoir. «La peinture en aérosol requiert une certaine dextérité», explique Scott Harber entre deux bennes, avant d’entamer une énième nouvelle bombe aérosol…

Du côté de la murale en mosaïque, on vogue ici aussi dans le gigantisme! La surface à couvrir fait 36 m de long par 6 m de haut (120 x 20 pi). On estime à 560 kg la quantité de céramique qui a été nécessaire au projet et tout autant de coulis. L’artiste mosaïste Laurence Petit, de l’atelier Gogo Frisette, réalisait ici sa première murale d’importance, d’après une illustration de Christian Robert de Massy, avec l’aide de Corinne Lachance et Caroline Simard, deux étudiantes en art engagées pour l’été. Ensemble, elles dirigeaient l’atelier de production où convergeaient tous les jours des résidents invités à collaborer. Le matin, on y préparait des gabarits et on cassait des morceaux. On y a même cassé de la vieille vaisselle pour en intégrer des morceaux à la mosaïque, «un acte libérateur pour des résidents qui étaient prêts à casser le morceau», raconte avec chaleur Elizabeth‑Ann Doyle en évoquant leur participation enthousiaste. Environ 15 personnes, de tout âge et de toute provenance, assistaient chaque jour aux ateliers et, au total, elle évalue que près de 100 personnes auront participé à la préparation et à la pose des morceaux sur le mur d’entrée du bâtiment principal des Habitations Jeanne-Mance.

11_mu_mlefebvreDu côté des muralistes David Guinn et Philip Adams, invités de Philadelphie, la médiation s’est faite davantage sous forme de dialogue. Tous les jours, des résidents circulaient devant les murales en devenir et discutaient avec les artistes qui ont conservé de leur été à Montréal un souvenir impérissable. Et, comme par attachement avec cette résidente qui les visitait avec son petit chien tous les jours, ils ont intégré le chien à l’une des murales, Rush of Fall, celle qui présente une scène colorée d’automne. L’autre, Haze of Winter, illustre un crépuscule hivernal. Muraliste aguerri, David Guinn a réalisé une trentaine de murales depuis dix ans. Pour lui, les murales servent de repères dans la ville, surtout quand elles transforment de façon colorée et audacieuse un bâtiment anodin, laid ou sans âme. «They are authentic landmarks in the city, they create ownership, proudness and they inspire other improvements», lance-t-il avec conviction avant de conclure sur une note touchante: «J’aime Montréal».

Remerciements:

MU remercie ses artistes et employés, les résidents des HJM, les responsables pour la CHJM, Anick Dubuc et Esther Giroux, ainsi que les partenaires suivants: la CHJM et le syndicat des employés d’entretien, l’arrondissement Ville-Marie, OpérationMontréal.net, le gouvernement du Québec (MICC et MAMROT), Service Canada, Benjamin Moore, Gaz Métro, Céragrès, Loisirs Saint-Jacques, la table du faubourg Saint-Laurent et l’Éco-quartier Saint-Jacques.

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