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Médiation culturelle

Petits bonheurs pour la petite enfance Publié le : 31 mai 2012

Arts et culture au service des familles et du lien social

Texte de Michel Lefebvre – Mai 2012

Dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, l’organisme Petits bonheurs veille au bien-être des familles bien au-delà du festival pour enfants qu’il organise au printemps depuis 2005. Tout au long de l’année, il offre un programme d’activités culturelles visant à renforcer les liens familiaux, la créativité et l’estime de soi. Ce programme a fait des petits, plusieurs villes du Québec programmant maintenant leurs propres petits bonheurs au bénéfice des familles.


Depuis 2005, les familles du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, apprécient les plaisirs proposés par Petits bonheurs, un organisme fondé par l’agent culturel Pierre Larivière avec le soutien du Comité Musique Maisonneuve et de la maison de la culture Maisonneuve. Bien au-delà du festival pour les tout-petits qu’il organise en mai, Petits bonheurs offre, tout au long de l’année, aux enfants, parents, grands-parents et à leur famille élargie des activités culturelles autour de la musique, de la danse, des arts visuels et de la lecture, en partenariat avec des organismes du quartier. «La philosophie derrière l’organisme a toujours été de privilégier l’accès aux arts», explique Pierre Tremblay, directeur de l’organisme depuis 2011.

Un programme culturel en phase avec l’action communautaire

Marqué par la désindustrialisation du secteur, l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve est l’un des plus défavorisés au Canada. Il est aussi reconnu pour son fort ancrage communautaire et son action militante depuis nombre d’années. Il vit aujourd’hui un processus de gentrification accéléré avec la construction d’importants complexes résidentiels, mais il abrite toujours plusieurs jeunes familles démunies sur bien des plans, souvent monoparentales*, isolées et vivant l’exclusion, mal outillées face à l’avenir.

Pour lutter contre cette situation, Petits bonheurs propose l’activité culturelle comme levier de développement et d’intégration sociale avec un programme d’ateliers d’art animés par des artistes professionnels aguerris à la médiation. Les ateliers ont pour objectif de renforcer le lien familial, la confiance et l’estime de soi, sans négliger pour autant la notion de plaisir inhérente à la pratique artistique. Que ce soit à travers la danse, la musique, l’initiation aux arts ou le bricolage, l’emphase est mise sur la relation parents-enfants, le dialogue intergénérationnel et la communication interpersonnelle.

petits bonheurs - fête du livre 2011Petits bonheurs a compris qu’à travers les activités de médiation, il fallait non seulement s’occuper des tout-petits mais aussi des parents, un facteur essentiel dans la démarche d’accompagnement des tout-petits. Pour les rejoindre, l’organisme s’appuie sur un réseau communautaire déjà très présent dans le quartier, notamment la Table de concertation Enfance-Famille, le Carrefour Parenfants, le Centre Y Hochelaga-Maisonneuve, le GCC la Violence et la Maison des familles Mercier.

«Développer l’estime de soi est tout aussi important pour les enfants que les parents», explique la coordonnatrice des activités de médiation, Karine Cloutier, qui anime elle-même des ateliers de danse en famille et de danse afro-contemporaine maman-bébé.

Les activités de médiation s’adressent généralement à toute la famille, mais elles rejoignent plus spécifiquement les femmes, hormis l’atelier Père-cussions, offert ponctuellement et qui est réservé aux hommes avec leur enfant. «C’est une réalité, explique-t-elle. On compte beaucoup de mères monoparentales dans le quartier et les activités qu’on leur propose sont des moments de détente pour elles et leurs enfants. Quant aux pères, ceux qui font des activités avec leurs enfants ont généralement un profil socio-économique plus aisé. Notre clientèle est aussi de plus en plus multiculturelle et diversifiée.»

«Avec nos activités de médiation, poursuit Karine Cloutier, on essaie d’aller rejoindre les familles là où elles sont, en travaillant avec les intervenants et les organismes qui les aident. Ce déplacement vers les autres est important dans la mesure où les gens ont parfois tendance à se confiner à leur petit milieu. On le constate notamment chez les résidents des habitations Boyce Viau qui comptent près de 200 logements.»

C’est ainsi que pour animer leurs activités respectives, Créer à partir de soi et Le pouvoir de l’art, deux programmes de huit semaines, les artistes et médiatrices Sylvie Gosselin et Marie Eykel se déplacent au Carrefour Parenfants ou à la Maison des familles Mercier. Il en est de même avec l’artiste Jean-Pierre Rivet qui anime Il était une fois ma famille. Cette proximité fait en sorte que les organismes peuvent poursuivre auprès de leur clientèle la démarche amorcée en atelier.

«Les gens qui vivent une situation difficile sont souvent refermés sur eux-mêmes», explique Karine Cloutier, qui a fait l’apprentissage de la médiation en travaillant à l’Agora de la danse pendant ses études de danse contemporaine à l’Université du Québec à Montréal. «Dans un contexte de médiation, il faut savoir s’adapter et faire preuve d’une grande sensibilité à l’égard de l’autre en saisissant la moindre ouverture pour communiquer.»

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Sur la place publique

Certaines activités de médiation de Petits bonheurs sont étroitement liées à la programmation du festival. Par exemple, le programme des rencontres de danse afro-contemporaine maman-bébé se termine par le Bal des bébés, chorégraphié collectivement par les participantes sous la direction de Karine Cloutier. Il s’agit d’un événement festif et sympathique clôturant huit semaines d’activités où les mères ont pu établir entre elles une certaine complicité et construire des liens d’amitié.

Le festival prévoit une grande fête de la lecture sur la place Valois, au terme du Défi lecture, qui invite les citoyens, jeunes et moins jeunes, à relever le défi Lire ensembleen intégrant un moment de lecture dans leur quotidien dans les dix jours précédant l’événement. Les voix de participation sont multiples. Cette année, par exemple, des enfants liront des histoires au centre communautaire et social de l’Est auprès d’une clientèle de gens âgés.

Les initiatives de Petits bonheurs sont aujourd’hui suivies de près par de nombreux acteurs du domaine social, dont le département de psychologie de l’Université du Québec, depuis 2010, qui met à contribution des étudiants pour en évaluer l’impact. L’activité de Rythme en famille est présentement soumise à une analyse dans le cadre d’un doctorat. Karine Cloutier voit cette collaboration comme une marque de reconnaissance mais aussi de professionnalisation. «Pour nous, il s’agit certainement d’une validation de ce qu’on fait, mais on gagne aussi un point de vue extérieur sur nos activités.»

Le Réseau Petits bonheurs: plus qu’un festival

Petits bonheurs est avant tout un diffuseur culturel et son mandat vise aussi à encourager la création. Or, au Québec, à peine une poignée de compagnies de théâtre crée pour les tout-petits. Afin de développer cette expertise, Petits bonheurs organise depuis 2007, autour du festival, un échange culturel regroupant des créateurs québécois, belges et français. Cette rencontre donne lieu dans les trois pays à des discussions, des stages, des ateliers et des spectacles autour de la création pour la toute petite enfance.

PBonheurs_RythmeFamille_450À la direction de l’organisme depuis 2011, Pierre Tremblay souhaite maintenir le succès de l’événement, accroître le volet professionnel et développer de nouveaux partenariats, notamment avec des diffuseurs du Canada, où l’on s’intéresse de plus en plus au théâtre pour la petite enfance. «On doit diversifier nos collaborations, explique-t-il, augmenter les échanges et favoriser la réciprocité tout en préservant le caractère social de nos activités.» Après une première édition à la barre du festival, il souhaite aussi se consacrer davantage au développement de l’organisme, qui est maintenant totalement indépendant et autonome du Comité Musique Maisonneuve qui l’a mis sur pied sous la direction de Pierre Larivière.

Petits bonheurs est aujourd’hui un réseau de diffuseurs et le festival s’échelonne maintenant sur les trois premières semaines de mai dans une quinzaine de maisons de la culture et de centres culturels du Québec, à Beloeil, Joliette, Laval, Longueuil, Montréal, Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières.

Le festival Petits bonheurs

Le festival Petits bonheurs propose un rendez-vous culturel pour les tout-petits, âgés d’à peine quelques mois jusqu’à six ans, avec un programme de spectacles et d’ateliers de mise en contact avec différentes disciplines artistiques. Durant les premières semaines de mai, le festival programme une vingtaine de spectacles et autant d’activités pour les enfants de zéro à six ans et leurs parents. Les propositions sont diverses: théâtre, danse, musique, marionnettes, cinéma, littérature, etc. Toutes les disciplines artistiques sont abordées. Le festival comporte aussi un volet professionnel de rencontres et d’échanges autour du théâtre pour très jeune public et des enjeux de sa diffusion.

Le Parcours des droits de l’enfant

Logo_Fondation_Dr_JulienPetits bonheurs est aussi partenaire du Parcours des droits de l’enfant, avec la Fondation pour la promotion de la pédiatrie sociale du docteur Julien. Une vingtaine de panneaux répartis tout au long d’un parcours énoncent un droit de l’enfant tel qu’inscrit dans la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies.

* NOTE: Le quartier Hochelaga-Maisonneuve abrite le plus haut pourcentage de familles monoparentales à Montréal, soit 50,7%, selon une étude de l’Observatoire populationnel du CSSS Lucille-Teasdale à partir des données du recensement 2006 et des avis de naissances du territoire. Juin 2009.

Liens :

Petits bonheurs : petitsbonheurs.ca
Festival Méli’Môme (Reims, France) : nova-villa.com
Pépites, l’Art et les Tout-Petits, Théâtre de la Guimbarde (Charleroi-Belgique) laguimbarde.be

Les artistes médiateurs:

Petits bonheurs compte sur la participation régulière des artistes médiateurs suivants: Karine Cloutier, Catherine Dajzman, Marie Eykel, Jean Léger, Sylvie Gosselin, Jean-Pierre Rivet et Stève Viès.

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