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Médiation culturelle

Quartiers culturels – Enjeux, défis et réalités Publié le : 20 février 2012

Michel Lefebvre – Février 2012

Des quartiers culturels fourmillent déjà à Montréal et leur développement entraine de nombreuses questions. Aux audiences de la Commission sur la culture, le patrimoine et les sports, à l’automne 2011, les 62 mémoires déposés font part de multiples projets et soulèvent une multitude d’enjeux pour les arrondissements montréalais.


 Des espaces culturels urbains uniques, aux multiples facettes

Tout en valorisant les fonctions classiques des arts et de la culture (formation, création, production, diffusion et conservation), le projet des Quartiers culturels intègre des éléments liés à la diversité de sa population, à la nature, au style de vie de ses résidents, au patrimoine matériel et immatériel, aux espaces publics, aux lieux de socialisation, aux commerces, à l’apprentissage, à la science, et ce, en faisant appel à une pluralité d’intervenants locaux de différentes sphères d’activités.

Source: Document d’orientation présenté par la Direction de la culture et du patrimoine de la Ville de Montréal devant la Commission sur la culture, le patrimoine et les sports, en septembre 2011.

La définition de Quartiers culturels s’inscrit aujourd’hui dans les prémisses du développement durable et de l’Agenda 21 de la culture du Québec, qui énonce 21 objectifs destinés aux différents acteurs de la société qui souhaitent contribuer à la recherche d’un développement durable par la prise en compte de la culture dans leurs actions.

Lors des Rendez-vous Novembre 2007 – Montréal métropole culturelle, ce grand rassemblement initié par l’organisme Culture Montréal, cette idée de quartiers culturels émerge véritablement. Des citoyens font alors part d’initiatives locales de développement culturel, en réaction peut-être à l’importante mise en œuvre du Quartier des spectacles, un projet central monopolisant beaucoup de ressources.

Relance des quartiers culturels

En 2009, la Ville de Montréal relance cette vision de quartiers culturels. La Direction de la culture et du patrimoine de la Ville de Montréal organise alors des rencontres dans ses 19 arrondissements avec les responsables de la culture et de l’aménagement. Elle élargit ensuite la consultation à d’autres secteurs de l’administration municipale et auprès d’acteurs de la société civile, non seulement du milieu culturel mais aussi de l’aménagement, des sciences, de l’éducation, du patrimoine et de la sphère sociale. Plus de 150 personnes ont alors répondu à trois questions plus ou moins formulées comme suit: Qu’est-ce qu’un quartier culturel? Quel est l’état de la situation dans votre arrondissement et qui sont les intervenants? Qu’attendez-vous de la ville centre pour vous aider à mettre en œuvre vos projets?

13bandeauweb_quartiersculturels_650x160Pour Richard Adam, chef de division et coordonnateur du dossier des quartiers culturels à la Direction de la culture et du patrimoine, la participation de nombreux acteurs est une composante essentielle de la mise en œuvre de quartiers culturels. «La finalité première de cette politique n’est pas touristique. Elle vise avant tout à offrir aux citoyens des services culturels de qualité, dans leur arrondissement. Et la médiation doit être présente partout au cœur de ce processus.» De ces rencontres a résulté le document d’orientation soumis à la consultation publique, un document qui, précise Richard Adam, «soulève davantage des pistes de réflexion qu’il ne dicte un mode d’emploi unique pour tous les quartiers.»

Équilibre et culture dans les quartiers

À l’automne 2011 ont suivi cinq soirées d’audiences publiques sur le thème des quartiers culturels – trois seulement étaient initialement prévues – avec la présentation de 62 mémoires préparés par des arrondissements, des Commissions de développement économique et communautaire (CDEC), des comités de citoyens, des artistes et des créateurs ainsi que des promoteurs culturels derrière d’importants projets collectifs. Le mix d’opinions et de projets exposés témoigne d’une préoccupation réelle des citoyens pour des interventions au niveau de leur quartier.

«Avec cette notion de quartiers culturels, on vient briser les frontières entre la multitude d’intervenants qui, chacun de leur côté, contribuent à la vie culturelle dans les quartiers», explique Marie-Anne Marchand, agente de développement, secteur créatif, à la CDEC Centre-Sud / Plateau Mont-Royal.

Dans le Mile End, par exemple, des organismes se sont mobilisés pour faire du Bain Saint-Michel un lieu de rencontre entre artistes et citoyens et un lieu de diffusion pour des productions interdisciplinaires. Plus au nord, un regroupement s’est formé pour la mise en valeur de la vitalité culturelle dans les quartiers adjacents à la ligne bleue du métro de Montréal. Incorporée en 2011, la Ligne Bleue souhaite ainsi contribuer au développement culturel, social et économique en prenant appui sur la vie et l’offre culturelles présentes dans les sept quartiers traversés par cette ligne de métro. Formé d’un premier noyau de diffuseurs et promoteurs culturels, l’organisme entend incorporer progressivement l’ensemble des composantes culturelles des quartiers – restaurants, bars, cafés, bibliothèques, organismes communautaires, etc. –, en mettant inévitablement en valeur les caractéristiques propres aux multiples communautés ethniques qui y vivent.

En 2009, dans le sud-ouest de Montréal, à Pointe-Saint-Charles, le Collectif 7 à Nous a été mis sur pied afin d’organiser la conversion d’un des bâtiments de l’ancien complexe ferroviaire du CN, le Bâtiment 7, pour en faire un pôle d’activités culturelles, artistiques, sociales et communautaires. En juin 2011, une entente était signée avec les propriétaires, prévoyant le legs et l’allocation d’une somme d’argent pour des travaux d’urgence.

Dans Sainte-Marie, un secteur longtemps négligé dans le sud-est de Montréal, s’articule aujourd’hui le Pôle des Faubourgs, qui se définit comme un «grand laboratoire expérimental de la relève et de l’avant-garde, avec plus de 250 organismes, entreprises et lieux de diffusion qui emploient 7 500 personnes œuvrant dans le secteur de la grande économie culturelle». Selon Jean Perron, directeur général de la Société d’investissement de Sainte-Marie (SIMS), «ce profil correspond en fait à une réalité que l’on souhaite aujourd’hui mettre en valeur pour stimuler l’activité du quartier. Nous n’avons pas inventé le quartier culturel dans Sainte-Marie. Il était d’abord et avant tout culturel. L’une des questions qui nous préoccupe est toutefois d’assurer la pérennité de cette présence des artistes et des entreprises culturelles dans le quartier».

«Un seul joueur peut arriver et compromettre les efforts investis par des centaines de créateurs pendant plus d’une décennie», déplore l’artiste Mathieu Beauséjour. «Les réflexions de la Ville de Montréal vont peut-être dans le bon sens, mais en tant qu’artiste ou promoteur culturel on est toujours sans moyens législatifs ou financiers pour se défendre et tout est alors à recommencer, ailleurs. Avec le Centre d’art et de diffusion Clark, dont j’étais coordonnateur à l’époque, nous avons fait beaucoup pour la mise en valeur de la présence artistique dans le quartier et le dialogue avec le grand public, notamment avec l’organisation des Ateliers Portes ouvertes du Mile End, en 2008, 2010 et 2011. Plus de 150 ateliers ont ouvert leurs portes à plus de 5 000 visiteurs.

La présence des artistes est aujourd’hui compromise par un nouveau propriétaire immobilier. Les citoyens du quartier ont aussi peu de moyens pour défendre la présence artistique et la qualité de vie qui s’y rattache.» C’est d’ailleurs en réaction à cette menace qu’a été formé le Regroupement des créateurs du secteur Saint-Viateur Est, Pied Carre (Pi2). Le mandat de cet organisme vise à défendre la présence des artistes mais aussi à placer les organismes culturels, les créateurs et les citoyens au cœur de l’évolution du quartier.

Richard Adam souligne l’impact des «retouches successives», c’est-à-dire la multitude d’interventions ciblées qui contribuent progressivement à l’amélioration de la vie dans les quartiers. Il reconnaît toutefois que les fruits de cette réflexion menée par la Ville auront réellement un impact à moyen et à long terme, notamment sur le plan de développement de la Ville de Montréal qui est en cours d’élaboration et sur les Célébrations du 375e en 2017. Ultimement, un des objectifs serait que les arrondissements adoptent un plan d’action culturelle, tout comme les villes et municipalités du Québec doivent aujourd’hui se doter d’une politique culturelle.

Or, la question des quartiers culturels accorde une grande importance à la vie de quartier. Elle appelle dès lors la participation des gens qui l’animent, les citoyens.

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