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Médiation culturelle

Québec: derrière les visages Publié le : 1 septembre 2008

Pedro Nel Marquez – Septembre 2008

La série de photographies représente des résidents de la capitale provenant de différentes origines et textes de l’écrivain colombien.


Mois de février. Température 25 degrés sous zéro. Passé minuit, J.J et moi sommes arrivés et personne ne nous attendait. Toi non plus, tu n’étais pas là. Tu t’en souviens?

Après nous avons ri ensemble, mais ce jour-là J.J et moi ne voulions pas rester avec toi.

Nous étions en manches courtes, en souliers, et c’était la tempête de l’année. Nous avons pleuré toute la nuit en attendant quelqu’un qui pourrait nous aider, décidés à ne pas faire marche arrière.

Le voyage a été long. Nous étions fatigués et perdus, mais avec la volonté de tout reprendre à zéro. C’était notre premier déménagement loin de chez nous. Nous avions laissé derrière nous nos familles, nos amis, nos amours, nos vies.

Au début, tout était difficile: acheter, manger, marcher dans la rue, parler et même pleurer. Nos larmes n’avaient plus la même signification ni la même saveur. Tu ne comprenais pas ce que nous te disions et nous ne comprenions pas tes mots. Te souviens-tu du langage de signes que nous avons inventé pour réussir à nous comprendre? Nous étions les maîtres de la mimique et de la gesticulation, ha! ha!

Tu te souviens des jours quand J.J et moi restions toute la journée, immobiles, à te regarder passer devant notre fenêtre? Nous nous cachions derrière les rideaux par peur de nous faire connaître de toi, ta famille et tes amis.

Peu à peu, J.J et moi avons commencé à découvrir une nouvelle vie et une nouvelle amie.

Apeurés par la première neige, nous avions cru que le ciel nous tombait sur la tête et que les nuages avaient commencé à fondre! Qu’elle soit folle, mouillée, verglaçante, ou poudreuse, tu nous as appris à jouer avec elle, à l’apprécier ou au moins à la supporter! Que de beaux souvenirs!

Au début, J.J et moi avions promis de ne pas laisser voir notre amour pour toi. Mais voilà, aujourd’hui, on s’obstine souvent pour savoir lequel de nous deux t’aime le plus!

Comment ne pas t’aimer, toi avec qui nous avons compris que malgré tout l’amitié et l’amour existent encore? Comment nier que grâce à toi nous avons découvert ce que nous sommes? Nous savons que tu n’es pas parfaite, mais personne ne l’est vraiment, n’est-ce pas?

Nous pourrions nous appeler Jean, Juan, John, Jan ou Jung. Nous pourrions provenir de différentes cultures. Tu nous aimerais quand même. Quand je me regarde dans le miroir, je te vois dans moi, comme des âmes sœurs, comme de vieilles connaissances.

Tu sais que J.J est parti, mais chaque fois que nous parlons, il me demande de tes nouvelles. «Comment va-t-elle? Et la santé? … Demande-t-elle de mes nouvelles?» Pour te dire la vérité, je pense que tu lui manques beaucoup. Quand il revient, il te cherche dans chaque habitant, dans chaque coin de rue, dans chaque ruelle, dans la nuit et dans le jour. Je suis sûr qu’il va finir par revenir et rester avec toi, avec nous.

Avant de terminer ma lettre, je dois de dire quelque chose. J’espère que nos enfants grandiront ensemble, en portant tes fleurs au poignet et l’amour dans leur cœur. J’espère qu’ils se promèneront main dans la main, jouant, fêtant, riant en toute liberté, comme nous le faisons aujourd’hui. J’espère qu’ils pourront continuer à bâtir ce que nous avons commencé à construire depuis notre première rencontre.

Allez, il me reste seulement à te souhaiter une bonne nuit, ma belle, ma ville. À demain!


Bios

Natif du lac Saint-Jean, Éric Côté a fait des études en Art et technologie des médias au Cégep de Jonquière. En 1989, il débarque à Québec où il travaille comme caméraman et réalise une première exposition sur Québec la nuit, Travelling urbain, présentée dans plusieurs villes québécoises. À l’invitation de Leica Caméra, il participe au collectif international Magic Moments, regroupant 40 photographes utilisant des Leica. Ses différentes expériences lui ont permis de faire partie de la série télévisuelle Phôtos qui présente des portraits de photographes québécois. Il travaille comme photographe et réalisateur pigiste.

D’origine colombienne, Pedro Nel Marquez suit des études en théâtre à l’École nationale d’art dramatique à Bogota. Il travaille pendant des années avec le Théâtre Tecal, une des troupes les plus importantes en Colombie. Il se forme ensuite en communication sociale et travaille comme journaliste indépendant pour différents magazines et journaux. Il immigre au Québec en 2001 où il s’engage dans différentes organisations qui travaillent pour l’intégration des immigrants dont la Casa latino-américaine de Québec. Il termine actuellement une maîtrise en communication publique à l’Université Laval et commence la création d’une pièce de théâtre.

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