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Médiation culturelle

Rencontre avec Yayo, prix Charles-Biddle 2011 Publié le : 1 octobre 2011

Michel Lefebvre – Octobre 2011

Établi au Québec depuis 1987, l’illustrateur d’origine colombienne Diego Herrera, alias Yayo, se voit récompensé pour sa contribution au développement culturel et artistique du Québec.


En septembre 2011, l’illustrateur d’origine colombienne Diego Herrera, mieux connu sous son nom d’artiste, Yayo, recevait le prix Charles-Biddle attribué par le ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration à une personne immigrante ayant contribué de façon significative au développement culturel et artistique du Québec.

Yayo_humorosapiens400L’art qu’il pratique, le dessin d’humour, est un art universel qui transgresse allègrement les frontières. «Le dessin, dit-il, permet de communiquer avec beaucoup de gens.» Par son art, Diego Herrera rejoint tout autant un public d’adultes que de jeunes. Bien sûr, les dessins pour les enfants sont plus accessibles et les références toutes autres pour les adultes, mais dans tous les cas, poursuit Yayo, «le dessin humoristique permet de porter un regard sur le monde où l’absurde est toujours important, où on peut rire ou sourire…»

«J’avais oublié qu’on avait proposé mon nom», dit humblement Yayo, avant de préciser qu’il est très content de recevoir ce prix non seulement pour lui mais aussi du fait que le prix soit attribué à un artiste en arts visuels, un domaine beaucoup moins visible que les arts de la scène ou de la télévision. Et dans le domaine des arts visuels, le dessin d’humour fait encore plus figure de parent pauvre. Et parce que ses dessins sont publiés dans des journaux ou sur demande, il se sent parfois moins considéré comme artiste. L’obtention du prix Charles-Biddle s’avère donc une reconnaissance très encourageante. «N’importe quoi qui est écrit n’est pas littérature, dit-il, mais le dessin d’humour est aussi une forme d’art.»

Éduquer à l’art et à la culture, une responsabilité à partager

Depuis plusieurs années, Diego Herrera multiplie les rencontres et les ateliers avec le public où il communique sa passion. «Je crois qu’il s’agit d’une bonne chose de rejoindre plus largement le public que les seuls initiés de la culture. Ce rôle de médiateur est à renforcer. Le travail de médiation appelle une responsabilité de transmettre, d’éduquer.

Les maisons de la culture font un très bon travail et les Journées de la culture y contribuent aussi à leur façon. Plus largement, je crois que ce rôle de médiation devrait être appuyé davantage par les médias, et les émissions d’intérêt général devraient traiter davantage de la culture qui ne relève pas du show-business.»

yayo_mon_voisin175Yayo visite régulièrement les écoles et travaille de plus en plus avec les enfants. «Lors de ces rencontres, bien sûr je dessine et je montre mon travail mais je souhaite aussi semer de petites graines pour que ces jeunes apprécient l’art et la lecture et développent une approche plus humaniste du monde. J’aime penser que mon intervention auprès de ces jeunes aura plus tard de l’importance pour eux-mêmes ou la société. En tant que récipiendaire du prix Charles-Biddle, je servirai peut-être encore davantage de modèle pour que les jeunes prennent conscience de ce qu’ils peuvent devenir. Je fais environ une vingtaine de ces rencontres par année auprès d’une clientèle qui correspond au Québec d’aujourd’hui, avec notamment beaucoup d’enfants d’immigrants. Et je suis toujours touché quand des enfants ressentent de la fierté de rencontrer l’un des leurs qui a réussi dans le champ qui est le mien, le dessin d’humour. Ma présence contribue certainement à renforcer leur estime de soi.»

«Je suis aussi très intéressé par ce que dessinent les enfants. Le dessin humoristique, par nature, avec des traits simplifiés, se rapproche du dessin des enfants qui portent sur le monde un regard frais. Les adultes, de leur côté, ont une approche plus rationnelle du dessin et leur imaginaire s’en trouve quelque peu atrophié. Les images que font les enfants m’inspirent.»


 

Yayo à la conquête du monde

Né en Colombie en 1961, Diego Herrera s’installe au Québec en 1987 doté d’une formation en dessin publicitaire et en beaux-arts acquise à Bogotá. Il pratique déjà depuis quelques années le métier d’illustrateur et caricaturiste après avoir remporté, en 1983, le premier prix du Concours national de caricatures Al Día. Il avait alors soumis quelques dessins en signant d’un pseudonyme, Yayo, un nom qui lui vient de son enfance et qu’il porte encore aujourd’hui.

yayoCette récompense lui donne rapidement une tribune publique dans d’importantes publications de Bogotá comme El Espectador et El Tiempo. La situation politique en Colombie est alors conflictuelle. Le pays vit un état de semi-guerre civile entre l’armée, la guérilla et les trafiquants de drogue. Même si lui-même dit aujourd’hui n’avoir pas été personnellement menacé, le journal qui le publie a fait l’objet d’attentats à la bombe et quelques-uns de ses dessins circulaient dans les casernes en versions modifiées pour en altérer le message. Dans ce contexte troublant et difficile et fatigué de la grande ville, Diego Herrera immigre au Canada.

Comme beaucoup d’autres immigrants, son défi était de trouver un travail, de recréer autour de lui un réseau d’amitié et d’apprendre le français. Très vite, il publie ses dessins dans la revue québécoise Croc, une revue d’humour, puis dans L’actualité, une collaboration qui a duré plus de vingt ans et contribué à inscrire dans la culture québécoise l’humour subtil et délicat, sensuel et un brin sarcastique de Yayo. Les enfants connaissent aussi ses multiples publications réalisées avec une variété d’auteurs, dont Hélène Vachon avec qui il collabore pour la série Somerset, des mini-romans ayant remporté plusieurs prix.

La notoriété de Diego Herrera dépasse aujourd’hui de beaucoup les frontières du Québec. Ses dessins ont paru dans une multitude de publications, notamment dans de grands journaux tels que le New York Times, le Wall Street Journal et le Chicago Tribune. Il a collaboré à près d’une trentaine de livres pour enfants publiés par des éditeurs canadiens, américains et européens et publié cinq livres en tant qu’artiste et auteur. Au fil des ans, il a remporté des prix au Canada, en Colombie, en France, en Italie, en Russie, en Serbie, en Macédoine, etc., et il faisait récemment partie d’une anthologie du dessin d’humour publiée en France par Glénat.

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