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Médiation culturelle

Rhodnie Désir : entreprendre la culture Publié le : 26 août 2011

Nathalie Casemajor Loustau – Août 2011

Rhodnie Désir est une femme d’affaires… culturelles. Sous la triple casquette d’artiste, de spécialiste en communications et d’entrepreneure, la jeune fondatrice de la compagnie Dêzam dirige une équipe de sept animateurs et artistes collaborateurs avec pour mission d’éveiller l’étincelle artistique des petits et grands.

Destinée au milieu scolaire, l’offre d’animation proposée par Dêzam est résolument multidisciplinaire: la danse, la percussion, le conte, le chant, le beatbox, le slam, l’illustration en direct et le cirque sont mis au service d’un dialogue des cultures principalement entre le Québec et l’Afrique. Derrière la spontanéité des séances d’improvisation en atelier se profile une organisation rigoureuse: en cherchant à développer la professionnalisation de son équipe, Rhodnie participe à la reconnaissance sociale du métier d’artiste dans le champ de l’animation.


Une CommunicArtiste

Après un passage par le service des communications de Spectra et des Grands Ballets de Montréal, Rhodnie est revenue à sa première passion, née d’une expérience de monitrice en camp d’été: transmettre aux jeunes le plaisir de créer. Depuis plus de vingt ans, elle cultive une formation de danseuse (d’abord classique puis hip-hop, moderne, africaine et afro-contemporaine) à laquelle s’est greffée plus récemment une pratique de la percussion. Armée d’un solide bagage en communication-marketing (baccalauréat à l’Université de Montréal et à HEC), elle a su mettre ses compétences au service de sa démarche artistique, tout en approfondissant sa formation entrepreneuriale au SAJE Montréal et à la Compagnie F. «Cette formation m’a énormément aidé à savoir comment m’organiser, comment vendre mes services et comment les évaluer», explique Rhodnie.

Pour refléter sa double formation en communication et en arts de la scène, elle a forgé un terme pour se définir: elle est une «CommunicArtiste».

Apprendre et créer

«Transmettre une passion à des jeunes qui n’ont pas accès aux arts de manière quotidienne», c’est aussi contribuer à leur développement personnel et stimuler leurs capacités d’expression. «On est vraiment assis sur deux pôles» souligne-t-elle, «l’apprentissage et la création: l’un ne va pas sans l’autre». Sa démarche en atelier vise un triple objectif: «premièrement, amener les jeunes à avoir confiance en eux, deuxièmement, les amener à réussir à s’intégrer dans le groupe et troisièmement, les amener à donner une représentation sur scène».

L’un des défis du terrain est de rassurer les éducateurs en leur montrant qu’elle est capable d’inclure les jeunes perturbateurs dans le groupe. «Franchir la barrière et dire à l’éducateur: «tu ne me connais pas, mais fais-moi confiance», c’est parfois vraiment difficile, mais de plus en plus ils sont ouverts à ça». La récompense, c’est de constater un changement de perception des éducateurs sur certains participants: «des fois, on me rappelle en me disant: c’est hallucinant ce que j’ai découvert chez tel jeune, je n’aurais jamais cru aller jusque-là». Ces changements peuvent aussi s’opérer à l’intérieur des groupes de jeunes: «il y a une question de respect des pairs: je te respecte parce que je te reconnais comme individu; avant tu m’énervais, et maintenant je vois la créativité en toi et je vois que tu peux m’aider».

La médiation comme transmission d’énergie

Si Rhodnie ne se définit pas spontanément comme une médiatrice culturelle, elle adhère à la vision de la médiation comme moment d’interaction avec les artistes, comme dynamique d’échange avec les milieux.

«Pour moi la médiation culturelle, c’est un terme que j’ai eu de la misère à comprendre. Je trouvais ce mot-là très lourd, mais en même temps ça porte tout son sens. Moi, je l’appelle plus une ouverture». Proposer un moment de rencontre en atelier est pour elle un moyen de créer une proximité avec les artistes, de les faire descendre de scène pour les amener au plus près du contact avec les milieux. «Le niveau de l’interaction, pour moi, c’est ce qui est primordial. C’est la base de l’artiste. S’il n’y a pas de partage, ça devient vide. L’interaction ça va dans les deux sens, donc ce n’est pas un monologue. C’est un échange entre l’artiste et le jeune. On part du rythme du jeune et on vient créer autour».

Évaluer pour repousser les limites de la création

Dans cet échange, il est important pour elle que l’artiste soit stimulé et nourri dans sa propre démarche créative. Elle cherche constamment à «sortir des zones de confort» pour proposer des ateliers innovants et pour repousser les limites du processus artistique: «à chaque atelier je me demande si je suis en train de plafonner». L’évaluation systématique des activités lui permet de «se remettre en question pour avancer». Un jour, une éducatrice lui a lancé un défi en lui demandant de revoir son atelier de chant: «je suis rentrée chez moi et j’ai réfléchi, et au bout d’un mois, en travaillant à ma création personnelle, j’en suis venue à me dire: est-ce que je peux aller au-delà du langage français, anglais ou autre? Donc, j’ai créé l’atelier de chant en langage inventé multiculturel. Maintenant, c’est un des ateliers les mieux appréciés par le milieu scolaire».

Transformer le regard sur les artistes

Évaluer la qualité et la satisfaction, c’est aussi pour elle «rehausser le niveau artistique dans les milieux» et contribuer à transformer le regard sur les artistes. «Les enfants ont droit à un niveau professionnel. Par le passé, il y a eu des animateurs qui se sont beaucoup improvisés. Au début, on m’a vraiment fermé les portes parce qu’on me disait: on ne fait plus affaire avec l’extérieur».

Changer les mentalités implique de créer des relations durables avec les acteurs sur le terrain en prenant le temps de se connaître. «On est dans une société de consommation, et les arts sont devenus un peu comme de la consommation. Dans les écoles, certains ouvrent un catalogue, choisissent un artiste, appellent pour demander combien ça coûte, organisent la date, et ça se finit là. L’idée est que Dêzam devienne plus qu’une simple boîte d’animation. L’art n’est pas un meat market!».

En insistant pour rencontrer les gens en face à face avant chaque nouveau contrat, elle a réussi à tisser des liens et à amener de nouveaux questionnements dans les milieux. «L’interaction part de là. Si tu montres qui sont tes artistes, la confiance vient plus facilement». Plus qu’une séance d’animation éphémère, sa démarche vise la transmission des compétences auprès des milieux. «J’envoie du matériel pour que, une fois l’atelier terminé, les éducateurs puissent refaire une autre journée avec les jeunes et poursuivre le thème. Pour moi, c’est important que notre intervention ne soit pas un passage en courant d’air».

 

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