Culture pour tous Calendrier des évènements
Suivez-nous

English Version

Médiation culturelle

Une rue, des parapluies Publié le : 15 janvier 2009

Crédit : Idra Labrie : flickr.com

Michel Lefebvre – Janvier 2009

Mireille Racine, artiste chapelière de Québec, s’amuse à intégrer la population dans des mises en scènes urbaines et des chorégraphies colorées.


Lors des Journées de la culture 2008, à Québec, l’artiste chapelière Mireille Racine occupe la rue Nassau pour la tenue d’un événement collectif de création visuelle, Une rue, des parapluies, regroupant amis, voisins et grand public, pour composer des tableaux, des formes en mouvement, des chorégraphies de parapluies.

Mireille Racine participe depuis longtemps aux Journées de la culture. Depuis 1997, elle reçoit les gens dans son jardin et présente ses créations d’artiste chapelière. En 2005, elle prend la rue d’assaut et organise La rue s’habille en réponse à l’invitation que lui avait lancée la coordonnatrice d’alors pour les Journées de la culture à Québec, Pascale Guimont, qui souhaitait un événement Coup de cœur pour la région. Ce fut un succès retentissant, plus de 350 personnes ayant contribué à la création collective d’une courtepointe géante.

Motivée par le souvenir de cet événement, en septembre 2008 Mireille Racine convie une fois de plus le public pour investir la rue Nassau, une petite rue de desserte de Sainte-Foy, dans ce quartier qu’elle habite aujourd’hui et qui l’a vue naître. Bien sûr, un tel événement, ça se prépare. Elle sollicite la Caisse populaire de la Pointe‑Sainte‑Foy qui lui attribue un budget de 1 000$. L’arrondissement Sainte-Foy-Sillery de la Ville de Québec lui fournira, de son côté, d’importantes ressources techniques, dont la sonorisation, matériel et main‑d’œuvre, des tables, des chaises et des cônes de signalisation qui serviront de balises pour certaines figures mais aussi de supports décoratifs sur lesquels l’artiste fixera… des parapluies, bien sûr!


En août 2008, un mois avant les Journées de la culture, Mireille Racine lance une invitation pour un pique‑nique de créativité et de convivialité afin d’expérimenter avec le maniement de parapluies et la création de figures. La rencontre a lieu sur le site de la Visitation, chemin Sainte-Foy, dans l’enceinte d’une église incendiée. L’artiste invite les participants à apporter leur parapluie, mais elle s’en est elle-même procurés plusieurs de même couleur afin de permettre la création de masses uniformes auxquelles pourront se greffer des parapluies disparates, de couleurs variées.

L’artiste doit ensuite promouvoir son événement et susciter la participation, ce qu’elle trouve exigeant et difficile malgré le soutien des médias locaux qui connaissent depuis longtemps son travail et la promotion générale des Journées de la culture. Mireille Racine avoue ressentir un certain stress dans les jours qui précèdent l’événement. Outre la participation du public – les gens viendront-ils? –, la température fait partie des impondérables.

Parapluie_PasdedanseEt le vendredi 26 septembre, veille du jour J, le temps s’annonce incertain. On envisage le report au dimanche, tel qu’annoncé en cas de pluie, mais la décision est prise d’occuper la rue, advienne que pourra, le samedi. Le lendemain matin, avant même le début des activités prévu pour 13h, le public se pointe. Certains ont leur parapluie, d’autres en choisissent un parmi la collection de l’artiste. Les étudiantes de la Maison des métiers d’art de Québec, où enseigne Mireille Racine, ont elles aussi apporté quelques créations.

Au début, l’expérience se fait à tâtons, avec des exercices simples de manipulation. Il faudra un peu de temps avant qu’une certaine cohésion ne s’instaure dans les mouvements, dans les déplacements. Au fur et à mesure que les gens arrivent, jouent et se familiarisent avec le lieu et avec les autres, de premières chorégraphies prennent forme, de petits groupes se coordonnent. La rue s’anime et le souhait de l’artiste se réalise. Des formes se mettent en branle, imitant le déplacement sinueux d’une chenille, ou la lente avancée de la tortue, avec parfois le seul son de parapluies qui s’ouvrent, ou des airs d’accordéon joués par Hélène Pouliot et Martine Rochette, des percussions ou de la musique populaire diffusée par les haut-parleurs.

Finalement, le temps incertain cette journée-là et de légères averses ont peut-être freiné la participation, mais ce sont quand même près de 80 personnes qui ont pris un parapluie et participé à la création de figures sous la direction des chorégraphes Mario Veillette et Monique Major. L’artiste y a vu des gens du quartier, certainement, d’autres qu’elle ne connaît pas, et des gens recrutés par le biais de son réseau personnel, des amis, des connaissances et des collaborateurs de la danse, des métiers d’art ou des arts visuels.

Parapluie_LaTortueCertaines figures seront, bien sûr, mieux réussies que d’autres, mais, comme le souligne l’artiste, «l’important, c’était la participation, le plaisir, la fête.» Afin de documenter l’événement, «pour le plaisir de la mémoire, dit-elle, afin que les gens voient le résultat de leurs efforts», l’artiste avait invité la photographe Idra Labrie et le vidéaste Mathieu Gotti et le résultat fut dévoilé lors d’un souper-retrouvailles au café Babylone, quelques jours après l’événement.

De l’art de la chapellerie à l’animation urbaine, il y a un pas que Mireille Racine franchit aisément. L’artiste a toujours considéré le chapeau comme «une sculpture portable qui occupe un espace autour de la tête» et elle a, depuis longtemps, débordé les frontières de son métier. Elle collabore régulièrement avec le cirque, le cinéma et le théâtre et elle participe régulièrement à la mise en scène de son art, notamment lors de l’exposition Le silence des chapeaux, qui rend hommage à l’art du chapeau mais témoigne néanmoins de son déclin. Peu de gens au Québec maîtrisent aujourd’hui l’art de la chapellerie, mais on peut compter sur Mireille Racine pour transmettre son expertise et déjouer les perspectives de l’ornementation vestimentaire…

Note: Outre ses activités d’artiste, Mireille Racine enseigne. Elle donne des cours de chapellerie et d’ornement textile, notamment au Campus Notre-Dame-de-Foy, à Saint-Augustin-de-Desmaures et à la Maison des métiers d’art de Québec.

L’artiste tient à remercier tous les bénévoles qui ont rendu ce projet possible, dont Francine Rochette, qui offrait aux participants le thé et les biscuits.

 

Partager ce contenu
Share on Facebook0Tweet about this on TwitterEmail this to someone